Récemment auréolé de la Médaille du Mérite national et personnalité influente de la diaspora malienne au Sénégal, Saliha Coulibaly s’est récemment confié à la presse en évoquant les défis majeurs qui touchent ses compatriotes. Entre enjeux sécuritaires, crise logistique au port de Dakar et propositions innovantes pour le désenclavement du Mali, le président du Haut conseil des Maliens installés au Sénégal a livré une analyse sans concession et sa complaisance.


« C’est une distinction qui récompense le travail abattu par un groupe dynamique et soudé pour s’occuper de nos compatriotes » ! Telle est la réaction de Saliha Coulibaly, le président du Haut conseil des Maliens installés au Sénégal, qui vient de bénéficier de la reconnaissance de la nation à travers une Médaille du Mérite national. Humble et modeste, il n’a pas voulu tirer la couverture à lui seul. Et pour M. Coulibaly, cette Médaille du Mérite national décernée par le président de la République est « le symbole d’un engagement communautaire ».
Dans un entretien accordé à nos confrères de « Le Reporter » (hebdomadaire malien), il a souligné que le Sénégal accueille l’une des communautés maliennes les plus actives. Cette communauté bien organisée est répartie entre les quatorze régions du pays. En tant que président du conseil, il assume à souhait une mission de cohésion et de fraternité qui est « une tâche lourde, mais nécessaire ».
Évoquant la situation sécuritaire, notamment les récents incidents sur l’axe Kidira-Kayes, cette influente personnalité de la diaspora malienne au Sénégal n’a pas caché son inquiétude. « La guerre ne développe jamais un pays ; seules la paix et la cohésion sociale le permettent », a rappelé avec force cet acteur du monde des affaires en mettant en relief l’impact direct de l’instabilité sur l’économie. Face à ce drame, il a appelé à une union sacrée et aux bénédictions des anciens pour que le Mali retrouve sa dignité et sa stabilité.
Le Ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine, M. Mossa Ag Attaher, a célébré la Journée nationale de la souveraineté aux côtés des Maliens établis à Dakar, au Sénégal
Dans son entretien, le président du Haut conseil des Maliens a naturellement abordé l’évacuation des marchandises maliennes à partir du port de Dakar. À noter que, sur instruction du Chef de l’État, une mission ministérielle s’était rendue dans la capitale sénégalaise pour débloquer 2 400 conteneurs en souffrance, certains depuis plus d’un an. Grâce à une synergie entre le ministère des Transports et des Infrastructures, l’ambassade, la douane et les chambres consulaires (CMC, CMTR, Chambre de commerce), la situation a été rétablie en un temps record. « Aujourd’hui, il reste à peine une centaine de conteneurs. L’effort des autorités sénégalaises a été réel », s’est réjoui M. Coulibaly en juin dernier. Cependant, il a tiré la sonnette d’alarme sur l’état des routes, notamment l’axe Kayes-Bamako, dont la dégradation menace de paralyser à nouveau le trafic à l’approche de l’hivernage.
Face au défi des infrastructures, Saliha Coulibaly ne s’est pas contenté de diagnostics ; il a aussi proposé des solutions. Sachant que le port de Dakar absorbe plus de 70 % des importations maliennes en provenance d’Europe, l’entretien des axes routiers est une urgence vitale. L’homme d’affaires a soumis au gouvernement un projet novateur pour l’axe Kéniéba-Bamako (400 km). Il a ainsi proposé que le tronçon Kéniéba-Kita soit financé par une levée de fonds auprès de la diaspora et des opérateurs nationaux. Quant au tronçon Kita-Bamako, sa réalisation doit être ouverte à des partenariats stratégiques et à l’actionnariat citoyen. « C’est un investissement rentable… L’installation de postes de péage et le renforcement de la sécurité permettraient de garantir un retour sur investissement tout en aidant le gouvernement à accélérer ses projets de développement », a assuré le président de la communauté malienne au Sénégal.
Par cet appel, Saliha Coulibaly a voulu réaffirmer la volonté de la diaspora de ne plus être une simple source de transferts de fonds, mais un véritable partenaire stratégique pour la reconstruction du Mali.
Kader Toé
Avec Le Reporter

