Tribune : « Le Mali doit passer d’une économie de consommation à une économie de produire”

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Par Harouna Niang
Économiste / Ancien ministre

Le Mali ne manque ni de ressources, ni d’intelligence, ni d’énergie humaine. Ce qui lui manque, c’est une organisation efficace de ses moyens au service d’un projet économique clair.

Depuis des décennies, notre économie repose sur un modèle déséquilibré : nous exportons des matières premières et importons des produits finis. Nous consommons ce que nous ne produisons pas, et nous produisons ce que nous ne transformons pas.

Ce modèle n’est pas soutenable.

Il ne crée pas suffisamment d’emplois. Il ne permet pas une montée en gamme de notre économie. Il entretient une dépendance structurelle vis-à-vis de l’extérieur.

Il est temps de changer de trajectoire.

Sortir du faux débat entre État et secteur privé

Le débat entre “tout État” et “tout privé” est un faux débat. Aucun pays ne s’est développé en opposant ces deux forces.

Les pays qui ont réussi ont fait un choix plus intelligent : organiser la complémentarité.

Les partenariats public-privé (PPP) offrent précisément cette possibilité.

Ils permettent à l’État de :
• accélérer la réalisation des infrastructures
• améliorer la qualité des services
• mobiliser des financements privés
• mieux répartir les risques

Mais à une condition essentielle : que l’État reste stratège.

Un État faible subit les PPP.
Un État fort les utilise pour servir l’intérêt national.

Produire au lieu de dépendre

La vraie question pour le Mali n’est pas seulement d’avoir des routes, des centrales ou des hôpitaux. La vraie question est : que produisons-nous ?

Tant que nous resterons une économie d’exportation brute et d’importation massive, nous resterons vulnérables.

Nous devons produire :
• notre énergie
• nos produits alimentaires transformés
• nos textiles
• une partie de nos médicaments
• nos services technologiques

Cela suppose un changement profond : passer d’une économie de consommation à une économie de production.

Réconcilier universités et entreprises

Aujourd’hui, deux mondes évoluent en parallèle au Mali :
• les universités
• les entreprises

Ils se rencontrent peu. Ils coopèrent encore moins.

Résultat :
• des diplômés sans emploi
• des entreprises sans compétences adaptées
• une recherche sans impact économique

C’est une perte immense.

Nous devons créer un système Université–Industrie–Innovation, dans lequel :
• les universités travaillent sur des problèmes réels
• les entreprises participent à la formation
• la recherche devient un outil de production

Apprendre des autres sans copier

Des pays comme la Corée du Sud et la Chine ont montré qu’il est possible de transformer une économie en une génération.

Ils n’ont pas réussi par hasard.

Ils ont :
• choisi quelques secteurs stratégiques
• investi massivement dans la technologie
• relié universités et industrie
• exigé des résultats

Le Mali n’a pas besoin de copier ces modèles.
Mais il doit s’en inspirer avec lucidité.

Agir maintenant : des choix clairs

Nous n’avons plus le luxe d’attendre.

Des décisions concrètes peuvent être prises immédiatement :
• lancer des PPP dans l’énergie et la santé
• créer un parc scientifique à Bamako
• développer des centres technologiques dans les filières clés
• mettre en place des formations en alternance
• soutenir les jeunes entrepreneurs

Ce ne sont pas des idées théoriques. Ce sont des actions réalisables.

Une question de souveraineté

Derrière ces choix, il y a une question fondamentale : la souveraineté économique.

Un pays qui ne produit pas dépend.
Un pays qui ne transforme pas s’appauvrit.
Un pays qui n’innove pas disparaît des chaînes de valeur.

Le Mali doit choisir :
• subir ou agir
• dépendre ou produire
• suivre ou construire

Conclusion : un choix historique

Le Mali est à la croisée des chemins.

Soit nous continuons avec les mêmes méthodes et obtenons les mêmes résultats.
Soit nous changeons d’approche et construisons une économie productive, innovante et souveraine.

Les outils existent.
Les idées sont là.
Les ressources sont disponibles.

Il ne manque qu’une chose : la décision.

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