Coopération internationale : le Mali renoue avec les principes historiques du non-alignement

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Souveraineté, autonomie stratégique et liberté de choix des partenaires : les principes affichés par les autorités maliennes de la Transition s’inscrivent dans la continuité de la doctrine historique du Mouvement des non-alignés (MNA), dont le Mali fut l’un des membres fondateurs sous la présidence de Modibo Kéïta.

Du 1er au 6 septembre 1961, vingt-cinq pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Amérique latine se réunissaient à Belgrade pour poser les fondations du Mouvement des non-alignés. Parmi eux, le Mali, alors dirigé par le président Modibo Kéïta.

Soixante-cinq ans plus tard, le MNA compte désormais 120 États membres et continue de porter une revendication qui conserve une forte résonance dans les relations internationales : celle de l’indépendance stratégique, du respect de la souveraineté des États et de la liberté de choisir ses partenaires.

Pour le Mali, cette doctrine n’est pas nouvelle. Elle renvoie directement à l’orientation diplomatique défendue dès les premières années de l’indépendance par Modibo Kéïta. Dans le cadre du processus de Refondation engagé sous la Transition et conduit par le président Assimi Goïta, Bamako affirme aujourd’hui vouloir renouer avec cette tradition de souveraineté et d’autonomie dans la conduite de ses relations extérieures.

De Bandung à Belgrade, les racines du non-alignement

Si le MNA voit officiellement le jour en septembre 1961, ses fondements remontent à la conférence de Bandung, organisée en Indonésie en avril 1955.

Vingt-neuf pays d’Afrique et d’Asie s’y étaient réunis autour de plusieurs préoccupations majeures : la paix, la souveraineté, le développement, la coopération entre nations et la décolonisation.

La conférence de Bandung pose alors les bases d’une nouvelle vision des relations internationales fondée notamment sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, l’égalité entre les États, la non-ingérence dans les affaires intérieures, le règlement pacifique des différends et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Cette dynamique intervient dans un contexte international particulièrement tendu. La guerre froide oppose alors les deux grandes puissances que sont les États-Unis et l’Union soviétique. Les nouveaux États indépendants, notamment en Afrique et en Asie, refusent de devenir de simples instruments de rivalité entre les deux blocs.

Derrière le non-alignement se trouve donc une volonté fondamentale : préserver l’indépendance politique tout en conquérant une véritable autonomie économique et stratégique.

Le MNA, une force diplomatique mondiale

Lors de sa création, le Mouvement des non-alignés rassemble 25 pays, auxquels s’ajoutent trois États observateurs. Le Mali figure parmi les membres fondateurs aux côtés notamment de l’Algérie, du Ghana, de la Guinée, de l’Inde, de l’Indonésie, de Cuba et de la Yougoslavie.

Au fil des décennies, le mouvement s’est considérablement élargi pour atteindre aujourd’hui 120 membres.

Loin de vouloir constituer un troisième bloc, les fondateurs du MNA entendaient préserver leur indépendance tout en utilisant leur poids collectif pour peser sur les grandes décisions internationales.

À l’ONU, les pays non-alignés ont notamment contribué à faire de la décolonisation une question centrale de l’agenda international. Ils se sont également mobilisés sur plusieurs dossiers majeurs, notamment la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud et la défense des droits du peuple palestinien.

Dans cette dynamique, l’Afrique a occupé une place particulière. Onze des vingt-cinq États présents à la conférence constitutive de 1961 étaient africains. Le continent, fraîchement sorti de la colonisation, trouvait dans le non-alignement un cadre correspondant à ses aspirations à la souveraineté et à l’indépendance.

Modibo Kéïta, figure historique du non-alignement

Dans l’histoire du MNA, le Mali occupe une place singulière grâce à l’engagement de son premier président, Modibo Kéïta, considéré comme l’une des grandes figures africaines du non-alignement.

Lors du sommet de Belgrade en 1961, Modibo Kéïta défend avec force une conception du non-alignement fondée sur la dignité et la liberté de décision.

Pour le dirigeant malien, le non-alignement ne signifiait ni neutralité passive ni recherche d’un équilibre artificiel entre les grandes puissances. Il s’agissait plutôt de permettre à chaque État de définir sa propre position en fonction de ses intérêts, de ses convictions et de sa lecture des enjeux internationaux.

Cette vision s’illustre notamment lorsque Modibo Kéïta est mandaté par ses pairs, à l’issue de la conférence de Belgrade, pour rencontrer le président américain John F. Kennedy et lui exposer directement les positions défendues par le mouvement.

Cette diplomatie active fera du président malien l’une des figures emblématiques de la première génération des dirigeants africains engagés en faveur d’une véritable indépendance stratégique.

Un mouvement fragilisé, mais toujours d’actualité

Au cours de son histoire, le MNA a cependant connu plusieurs périodes de fragilisation. Certains de ses membres les plus influents se sont rapprochés de l’un ou l’autre des grands pôles de puissance, notamment dans le cadre de coopérations militaires et stratégiques.

Mais les bouleversements géopolitiques actuels redonnent une nouvelle actualité à certains des principes défendus par le mouvement depuis sa création.

La montée des tensions entre grandes puissances, le retour des rivalités stratégiques et la multiplication des rapports de force internationaux placent de nouveau la question de l’autonomie stratégique des États au cœur des débats.

Pour de nombreux pays africains, l’enjeu n’est plus nécessairement de choisir entre Washington, Paris, Pékin, Moscou ou Bruxelles, mais de disposer de la liberté nécessaire pour nouer des partenariats avec différents acteurs en fonction de leurs intérêts nationaux.

Autrement dit, ne pas s’aligner ne signifie pas s’isoler. Il s’agit de pouvoir coopérer avec tous, sans dépendre d’un seul partenaire et sans être contraint d’adopter systématiquement ses positions.

Les trois principes de la diplomatie malienne

C’est dans cette perspective que les autorités maliennes de la Transition ont redéfini, à partir de 2021, les grandes orientations de la coopération internationale et de la diplomatie du pays.

Sous l’impulsion du président de la Transition, Assimi Goïta, trois principes directeurs sont désormais mis en avant :

  • le respect de la souveraineté du Mali ;
  • l’autonomie dans le choix des partenaires stratégiques ;
  • la défense des intérêts vitaux du peuple malien.

Ces orientations présentent de fortes similitudes avec les fondements historiques du Mouvement des non-alignés et avec la doctrine défendue par Modibo Kéïta au lendemain de l’indépendance.

Pour Bamako, il ne s’agit donc pas nécessairement de créer une nouvelle doctrine diplomatique, mais plutôt de réaffirmer une tradition malienne ancienne : décider librement de ses alliances, défendre ses intérêts nationaux et coopérer avec les partenaires de son choix sur la base du respect mutuel.

Soixante-cinq ans après la création du MNA, le débat sur la souveraineté et l’autonomie stratégique demeure ainsi plus que jamais d’actualité.

Pour le Mali, le retour à ces principes constitue à la fois un choix diplomatique revendiqué et un hommage à l’héritage politique de Modibo Kéïta, l’un des pionniers africains du non-alignement.

rédaction

diasporaction.com

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