Mine de Kobada : le Mali prend 35 % du capital, mais à quel prix ?

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Participation de l’État, investisseurs nationaux, financement, fiscalité et contenu local : le projet aurifère de Kobada devient un test grandeur nature du nouveau modèle minier malien. La véritable question sera désormais de savoir combien cette participation rapportera réellement au pays.

Le Mali veut désormais peser davantage dans le partage de sa richesse minière. Avec le projet aurifère de Kobada, le pays franchit un nouveau cap : 35 % du capital de la future société d’exploitation seront réservés à l’État et aux investisseurs nationaux, conformément au Code minier de 2023.

Le Conseil des ministres du 28 août a adopté le décret fixant les modalités de cette participation dans Mines de Kobada-SA, créée à la suite de l’attribution du permis d’exploitation à Toubani Resources Mali-SARL pour le gisement situé dans le cercle de Kangaba, dans la région de Koulikoro.

Sur le papier, le changement est majeur. Mais derrière le chiffre de 35 %, une question centrale demeure : quelle sera la valeur économique réelle de cette participation pour l’État et pour les Maliens ?

30 % pour l’État, 5 % pour les investisseurs maliens

La répartition retenue prévoit 10 % du capital attribués gratuitement à l’État, avec une protection contre toute dilution. À cela s’ajoutent 20 % acquis en numéraire, tandis que 5 % seront réservés aux investisseurs nationaux.

Au total, l’État détiendra directement 30 % du capital, contre 5 % pour les investisseurs privés maliens. La gestion de la participation publique sera assurée par la Société du patrimoine minier du Mali.

Cette configuration constitue une rupture avec le modèle des anciennes exploitations minières, dans lesquelles la participation gratuite de l’État était généralement limitée à 10 %. Kobada devient ainsi l’un des premiers projets à mettre concrètement à l’épreuve les ambitions du nouveau Code minier.

Mais cette avancée a un coût : les 20 % supplémentaires acquis par l’État ne sont pas gratuits.

Le communiqué gouvernemental ne précise pas encore le montant à débourser, le calendrier des versements ni les modalités exactes de cette acquisition. De même, les conditions d’attribution des 5 % réservés aux investisseurs maliens restent à préciser.

Autrement dit, 35 % du capital ne signifient pas automatiquement 35 % des richesses générées par la mine.

1,56 million d’onces de réserves exploitables

Situé à environ 126 kilomètres au sud de Bamako, Kobada représente un projet aurifère de taille significative.

L’étude de faisabilité définitive réalisée par Toubani Resources évalue les réserves exploitables à 1,56 million d’onces d’or, contenues dans environ 53,8 millions de tonnes de minerai.

Les ressources géologiques, qui constituent une catégorie plus large, sont estimées à 2,2 millions d’onces.

Le scénario actuellement présenté par la compagnie prévoit une production moyenne d’environ 162 000 onces par an pendant un peu plus de neuf ans, pour une extraction totale proche de 1,5 million d’onces.

Le coût initial de construction est évalué à 216 millions de dollars. Une enveloppe supplémentaire pouvant atteindre 70 millions de dollars pourrait être nécessaire pour le traitement de la roche dure à partir des sixième et septième années d’exploitation.

Ces chiffres donnent la mesure de l’enjeu : Kobada sera aussi un projet financier avant d’être une source de dividendes pour ses actionnaires.

Un financement qui engage déjà l’or de demain

Toubani Resources a annoncé en juillet avoir bouclé un financement de 208 millions de dollars.

Le montage comprend 48 millions de dollars de fonds propres et 160 millions de dollars issus d’un accord de préfinancement sur l’or conclu avec Eagle Eye Asset, déjà actionnaire important de la compagnie.

Le principe est simple : la société minière reçoit des ressources financières avant le démarrage de la production et s’engage en contrepartie sur des livraisons futures d’or selon les conditions prévues par l’accord.

Ce mécanisme permet de limiter le recours à l’endettement bancaire classique, mais il signifie également qu’une partie de la production future de la mine est déjà liée à son financement.

Toubani poursuit parallèlement ses discussions pour obtenir une facilité de crédit pouvant atteindre 40 millions de dollars.

En juillet, la compagnie indiquait que plus de 500 personnes travaillaient déjà sur le site et que plus de 60 % des dépenses de construction avaient été engagées. Elle maintient son objectif d’une première coulée d’or au troisième trimestre 2027.

La fiscalité : l’autre bataille du partage de la valeur

Le véritable bilan économique de Kobada ne pourra pas être mesuré uniquement à travers les 30 % détenus par l’État.

Il faudra additionner dividendes, redevances, impôts et autres prélèvements pour déterminer la contribution globale de la mine aux finances publiques.

Selon les informations publiées par Toubani Resources, le projet bénéficiera notamment d’une réduction de deux points du taux de la redevance minière pendant la durée du permis.

L’impôt sur les sociétés sera fixé à 25 % durant les cinq premières années d’exploitation, avant de passer à 30 %.

Ces paramètres devront être analysés à la lumière des coûts de production, des mécanismes de financement et des revenus effectivement générés par la mine.

Car là encore, la participation de 35 % ne signifie pas que 35 % de la valeur de l’or extrait reviendront directement au Mali.

Avant toute distribution de bénéfices, la mine devra supporter ses coûts d’exploitation, ses investissements, ses obligations fiscales et les engagements liés à son financement.

Le contenu local, prochain indicateur de réussite

L’autre test du nouveau modèle minier sera le contenu local.

Les retombées de Kobada ne se limiteront pas aux recettes fiscales. Elles devront également être mesurées à travers les emplois créés, les marchés attribués aux entreprises maliennes, la sous-traitance locale et le développement des compétences nationales.

La loi sur le contenu local adoptée en 2023 vise précisément à renforcer la participation des entreprises et des compétences maliennes au secteur minier.

Pour l’heure, la compagnie n’a pas publié de répartition détaillée des quelque 500 personnes présentes sur le chantier selon leur nationalité, leur lieu de résidence ou leur niveau de responsabilité.

Ce sera pourtant un indicateur essentiel pour apprécier la profondeur des retombées économiques du projet.

Les communautés locales face à un autre enjeu

Le partage de la richesse ne concerne pas seulement l’État et les actionnaires.

Les villages situés autour du site seront directement concernés par le projet. Toubani Resources indique avoir obtenu l’autorisation environnementale nécessaire et engagé son plan de réinstallation des populations affectées.

L’attention devra donc porter sur les indemnisations, la restauration des moyens de subsistance, l’accès aux emplois et les services qui bénéficieront aux communautés locales.

Une mine peut générer des milliards de francs CFA tout en laissant des communautés voisines avec des retombées limitées. C’est précisément ce que le nouveau modèle minier malien devra éviter.

Kobada, le premier grand test du nouveau modèle minier

Kobada concentre ainsi plusieurs ambitions affichées par les autorités maliennes : davantage de participation publique, ouverture du capital aux investisseurs nationaux, contenu local renforcé et accroissement des recettes publiques.

Mais la réussite de cette réforme ne se mesurera pas au seul affichage des 35 %.

Elle se jugera sur des chiffres beaucoup plus concrets : combien l’État aura-t-il investi pour acquérir ses 20 % ? Combien percevra-t-il en dividendes ? Quel montant de taxes et de redevances sera effectivement versé ? Quelle part des marchés reviendra aux entreprises maliennes ? Combien d’emplois qualifiés seront durablement créés ? Et quelle sera la part des communautés locales dans les retombées du projet ?

Kobada sera donc bien plus qu’une nouvelle mine d’or. Ce sera un test grandeur nature de la capacité du Mali à transformer une participation au capital en véritable souveraineté économique.

rédaction

diasporaction.com

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