Six ans après le début de la Transition, le Mali entend afficher une nouvelle trajectoire économique et sociale, malgré un contexte sécuritaire difficile et une profonde recomposition des alliances sous-régionales. Infrastructures sanitaires, routes, énergie solaire, transport et logements destinés aux militaires : plusieurs projets structurants sont engagés avec l’ambition de renforcer la souveraineté économique du pays et de poser les bases d’un modèle de développement davantage tourné vers les ressources et les capacités nationales.
Le 18 août 2020 marque le début d’une nouvelle séquence politique au Mali. Depuis, le pays évolue dans un environnement particulièrement contraignant, marqué par les défis sécuritaires, les tensions économiques et la redéfinition de ses partenariats régionaux et internationaux.
Dans ce contexte, les autorités de la Transition mettent en avant une stratégie fondée sur la souveraineté, la valorisation des ressources nationales et la réalisation d’infrastructures structurantes.
Avec un produit intérieur brut annoncé à plus de 18 150 milliards de FCFA et une croissance projetée à 6,1 % en 2026, l’objectif affiché est de transformer les ressources disponibles en investissements, de réduire les déficits infrastructurels et de construire progressivement les bases d’une économie plus autonome.
De la santé à l’énergie, en passant par les routes et les transports, plusieurs chantiers illustrent cette orientation.
Santé : renforcer les infrastructures et rapprocher les soins des populations
La santé figure parmi les secteurs auxquels la Transition entend accorder une place prioritaire.
Dans le District de Bamako, quinze hôpitaux de district ont été construits ou modernisés, avec pour objectif de décongestionner les grands centres hospitaliers universitaires et de rapprocher les soins spécialisés des populations.
Ces établissements disposent de plateaux techniques destinés notamment à la chirurgie, à la maternité et à la pédiatrie, avec une volonté affichée de maintenir des tarifs accessibles aux populations.
La réhabilitation de la Maternité du Boulevard de l’Indépendance s’inscrit dans cette dynamique. L’établissement dispose notamment d’un bloc opératoire modernisé, d’une unité de réanimation néonatale et de dispositifs dédiés aux soins obstétricaux d’urgence.
Autre infrastructure mise en avant : l’Hôpital militaire de Banankoro, situé sur l’axe Bamako-Bougouni. D’une capacité annoncée de 250 lits, il est destiné à prendre en charge notamment les traumatismes lourds et les blessures liées aux opérations militaires.
Bien qu’orienté en priorité vers les Forces armées et de sécurité, l’établissement peut également accueillir des urgences civiles graves.
À cet effort dans le domaine sanitaire s’ajoute la construction de cités résidentielles destinées aux militaires et à leurs familles, présentée comme un moyen d’améliorer leurs conditions de vie et de renforcer l’attractivité des carrières au sein des forces de défense et de sécurité.
Routes et transports : désenclaver pour réduire les coûts
Pour un pays sans accès à la mer, le désenclavement constitue un enjeu économique majeur.
La modernisation de l’axe Bamako-Kati, qui accueille quotidiennement plusieurs milliers de véhicules, vise notamment à fluidifier le trafic et à faciliter le transit des marchandises en provenance du Sénégal.
La construction de la voie express Bamako-Koulikoro, longue d’environ 45 kilomètres, doit également accompagner le développement des activités industrielles et agricoles le long du fleuve Niger.
Cette infrastructure doit faciliter la circulation des produits agricoles vers les principaux marchés urbains tout en favorisant l’essor économique des zones périphériques.
Le secteur ferroviaire figure également parmi les priorités. La réhabilitation de la ligne Bamako-Kayes-frontière du Sénégal, sur environ 640 kilomètres, vise à améliorer le transport des marchandises et des personnes et, à terme, à réduire les coûts logistiques.
Autre chantier stratégique : le dragage et le balisage du fleuve Niger sur environ 1 400 kilomètres. La remise en état de la voie navigable entre Koulikoro, Ségou, Mopti, Tombouctou et Gao doit offrir une alternative au transport routier et contribuer au désenclavement des régions du Nord.
À travers ces différents projets, l’objectif est de renforcer la connexion entre les territoires, de faciliter les échanges commerciaux et de réduire le coût du transport.
Énergie solaire : accélérer la transition énergétique
L’accès à une énergie fiable demeure l’un des principaux défis auxquels sont confrontées les entreprises, les ménages et les industries maliennes.
Pour répondre à cette problématique, les autorités misent notamment sur le développement de l’énergie solaire.
Un programme de centrales photovoltaïques représentant 400 MW de capacité supplémentaire a ainsi été engagé.
Parmi les projets emblématiques figure la centrale solaire de Sanankoroba, présentée comme une infrastructure majeure pour l’approvisionnement énergétique de la région de Bamako. D’une capacité annoncée de 200 MW, elle est installée sur un site de 300 hectares et représente un investissement de 120 milliards de FCFA.
Les centrales de Tiakadougou Dialakoro et de Safo, d’une capacité annoncée de 100 MW chacune, complètent ce programme.
À ces investissements dans le solaire s’ajoutent la réhabilitation de plusieurs infrastructures hydroélectriques, notamment celles de Sélingué, Sotuba, Félou et Gouina, ainsi que la modernisation du réseau de transport d’électricité à haute tension.
L’ambition est de diversifier les sources de production, de renforcer la capacité du réseau national et de réduire progressivement les délestages.
Pour les entreprises, la disponibilité d’une électricité plus régulière constitue également un enjeu majeur de compétitivité.
Des indicateurs économiques mis en avant par les autorités
Au terme de ces six années de Transition, les autorités mettent en avant plusieurs indicateurs économiques et sociaux pour illustrer leur stratégie.
Le PIB est annoncé à plus de 18 150 milliards de FCFA, tandis que la croissance pour 2026 est projetée à 6,1 %.
Le nouveau Code minier doit également permettre, selon les projections officielles, de sécuriser davantage les revenus issus du secteur extractif, avec des recettes minières supplémentaires annoncées à hauteur de 500 milliards de FCFA par an.
Dans le même temps, les investissements dans les infrastructures énergétiques, sanitaires et de transport constituent les principaux leviers de cette politique de développement.
La modernisation des hôpitaux, la construction de l’hôpital militaire de Banankoro, la réhabilitation des axes routiers et ferroviaires ainsi que le développement de nouvelles capacités de production électrique illustrent cette volonté de renforcer les infrastructures nationales.
De nouveaux projets pour accompagner la transformation économique
Plusieurs autres projets sont annoncés ou en cours de préparation.
La Zone industrielle intégrée de Koutiala, orientée vers la transformation agroalimentaire, doit contribuer à développer la transformation locale des productions agricoles et à créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
Le Port sec de Bamako est également présenté comme un projet destiné à fluidifier le transit des marchandises vers les corridors du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.
La digitalisation constitue un autre axe de cette stratégie. Le Programme national de digitalisation des services publics ambitionne notamment de réduire les délais administratifs et de faciliter les relations entre les citoyens, les entreprises et l’administration.
Dans le domaine alimentaire, l’extension de la Facilité alimentaire à la malienne à plusieurs nouveaux centres urbains vise à améliorer l’accès aux produits de première nécessité à des prix régulés.
Ces différents programmes s’inscrivent dans une même logique : renforcer la production nationale, faciliter les échanges, améliorer les services publics et réduire la dépendance extérieure.
Six ans après, un pays toujours confronté à de nombreux défis
Six ans après le début de la Transition, le Mali reste confronté à des défis considérables, notamment sur les plans sécuritaire, économique et budgétaire.
Les infrastructures doivent encore être développées, l’accès à l’électricité reste une préoccupation majeure et la création d’emplois demeure un enjeu central pour une population majoritairement jeune.
Dans ce contexte, les projets engagés constituent autant de chantiers destinés à transformer progressivement le paysage économique et social du pays.
La stratégie mise en avant par les autorités repose sur plusieurs piliers : souveraineté économique, développement des infrastructures, diversification énergétique, désenclavement des territoires, transformation locale des ressources et modernisation des services publics.
Six ans après le 18 août 2020, le Mali apparaît donc comme un pays profondément engagé dans une phase de transformation. Les ambitions sont importantes et les chantiers nombreux. Leur véritable impact dépendra toutefois de leur capacité à être menés à terme, à produire des résultats durables et à améliorer concrètement les conditions de vie des populations.
Le Mali de demain se construit ainsi au rythme de ces grands projets. Entre ambitions souverainistes, contraintes économiques et défis sécuritaires, la Transition entend inscrire le pays sur une trajectoire de développement davantage fondée sur ses propres ressources et capacités.
rédaction
diasporaction.com

