Du 22 septembre à la souveraineté technologique

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Le CIAR porte une nouvelle ambition pour le Mali

Par Harouna Niang  •  Économiste et ancien ministre malien

À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’accession du Mali à l’indépendance, je voudrais adresser mes vœux les plus chaleureux de paix, de sécurité, d’unité et de prospérité à l’ensemble du peuple malien.

J’ai une pensée reconnaissante pour les pères de l’indépendance, pour toutes les générations qui ont œuvré à la construction nationale ainsi que pour les femmes et les hommes qui, aujourd’hui encore, consentent des sacrifices pour préserver la souveraineté, l’intégrité territoriale et la dignité de notre pays.

Que ce 22 septembre soit non seulement un moment de commémoration, mais aussi une occasion de nous interroger collectivement sur le contenu économique, scientifique, technologique et social que nous voulons donner à notre indépendance.

C’est dans ce contexte hautement symbolique que le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, a inauguré, le 21 septembre 2026 à Kati Sirakoro Niaré, le Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali, le CIAR-Mali.

Cette inauguration constitue un événement majeur. Elle traduit la volonté du Mali de ne pas rester à l’écart de la révolution scientifique et technologique qui transforme déjà l’économie mondiale, les systèmes de production, l’éducation, la santé, la défense, l’agriculture et l’administration publique.

De l’indépendance politique à la souveraineté technologique

En 1960, l’enjeu fondamental était de conquérir l’indépendance politique et de retrouver la maîtrise de notre destin national. En 2026, cette indépendance doit être consolidée par de nouvelles formes de souveraineté : alimentaire, énergétique, industrielle, sanitaire, financière, numérique, scientifique et technologique.

Dans le monde contemporain, les données, les logiciels, les algorithmes et les capacités de calcul sont devenus des ressources stratégiques. Les nations qui maîtriseront ces instruments amélioreront plus rapidement leur productivité, la qualité de leurs services publics, leur sécurité et leur compétitivité. Celles qui resteront de simples consommatrices de technologies conçues ailleurs risquent de subir une nouvelle forme de dépendance.

L’inauguration du CIAR-Mali peut donc marquer le commencement d’une nouvelle étape : celle du passage d’un Mali principalement utilisateur de technologies importées à un Mali capable de former ses propres spécialistes, de produire ses propres connaissances et de développer des solutions correspondant à ses réalités.

Le Centre a pour missions la formation, la recherche-développement et la conception de solutions technologiques adaptées aux besoins du pays. Il comprend notamment des salles techniques, une salle consacrée aux drones, des espaces administratifs ainsi que des infrastructures d’hébergement et de restauration. Le projet a été financé par le budget national, ce qui lui confère également une portée particulière en matière d’appropriation nationale.

Mettre l’intelligence artificielle au service des priorités nationales

L’intelligence artificielle ne doit pas être perçue comme une technologie abstraite ou réservée aux grandes puissances. Elle doit devenir un instrument pratique au service du développement.

Dans l’agriculture, elle peut aider à prévoir les rendements, détecter les maladies des cultures, optimiser l’irrigation, suivre les pâturages et fournir aux producteurs des informations météorologiques localisées.

Dans le domaine de l’élevage, elle peut faciliter l’identification des animaux, le suivi sanitaire du cheptel, la prévention des épizooties et l’amélioration de la productivité.

Dans la santé, elle peut contribuer à l’aide au diagnostic, à la télémédecine, à la surveillance épidémiologique et à la gestion des stocks de médicaments. Elle peut notamment faciliter l’accès à certaines expertises médicales dans les zones éloignées des grands centres hospitaliers.

Dans l’éducation, l’intelligence artificielle peut offrir des outils d’apprentissage personnalisés, des bibliothèques numériques, des laboratoires virtuels et des dispositifs d’accompagnement des enseignants et des élèves. Elle pourrait également contribuer à détecter plus rapidement les difficultés d’apprentissage et à améliorer l’orientation scolaire et universitaire.

Dans les secteurs minier et énergétique, elle peut être utilisée pour la cartographie, l’analyse géologique, la surveillance environnementale, la maintenance prédictive des équipements, la gestion des réseaux électriques et l’optimisation de la production solaire.

Dans l’administration publique, elle peut favoriser la numérisation des archives, l’accélération des procédures, la détection de certaines anomalies, l’amélioration des recettes publiques et une plus grande transparence des services rendus aux citoyens.

Dans la protection civile et la gestion du territoire, les drones et les outils d’analyse peuvent aider à surveiller les inondations, les feux, la dégradation des terres et les risques environnementaux.

Le CIAR-Mali devra par conséquent travailler en relation permanente avec les ministères, les collectivités territoriales, les universités, les entreprises, les organisations professionnelles et les communautés locales. Il ne doit pas devenir un établissement de recherche isolé des besoins de l’économie et de la société.

Former les compétences dont le Mali a besoin

Le principal capital du CIAR ne sera pas constitué par ses bâtiments ou ses machines, mais par les femmes et les hommes qu’il formera.

Le Centre peut contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération d’ingénieurs, de chercheurs, de développeurs, de roboticiens, de spécialistes de la cybersécurité, de techniciens et d’entrepreneurs technologiques.

Il devra également participer à la formation continue des enseignants, des agents publics et des cadres des entreprises. L’intelligence artificielle transforme déjà les métiers. Le défi ne consiste donc pas seulement à former quelques spécialistes de haut niveau, mais à préparer progressivement l’ensemble de l’économie et de l’administration à cette transformation.

La sélection devra être rigoureuse, fondée sur le mérite et ouverte aux talents provenant de toutes les régions du Mali. Une attention particulière devra être accordée aux jeunes filles et aux femmes, encore insuffisamment représentées dans les filières scientifiques et technologiques.

Le CIAR pourrait également organiser des olympiades nationales de mathématiques, d’intelligence artificielle et de robotique. Ces compétitions entre les régions permettraient de détecter très tôt les talents et de susciter chez les jeunes une vocation pour les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques.

Produire une intelligence artificielle adaptée aux réalités maliennes

La plupart des grands systèmes d’intelligence artificielle ont été développés à partir de données, de langues et de réalités étrangères. Le Mali doit pouvoir disposer de technologies tenant compte de son histoire, de sa culture, de son environnement et de ses langues nationales.

Le CIAR pourrait contribuer à développer des outils capables de comprendre et de traiter le bambara, le peulh, le soninké, le songhaï et les autres langues du pays.

De telles solutions faciliteraient l’accès des populations rurales à l’information agricole, sanitaire et administrative. Elles pourraient soutenir l’alphabétisation, l’éducation, la traduction des documents publics et la préservation du patrimoine linguistique et culturel.

Cette orientation donnerait au Mali la possibilité de devenir l’un des pays pionniers dans le développement d’une intelligence artificielle véritablement africaine, inclusive et enracinée dans les réalités locales.

Créer un écosystème national d’innovation

Le CIAR ne pourra produire tous ses effets que s’il devient le centre d’un véritable écosystème associant les universités, les écoles d’ingénieurs, les instituts de recherche, les entreprises, les banques, les investisseurs et la diaspora scientifique malienne.

La mobilisation des compétences de la diaspora, annoncée par la direction du Centre, constitue à cet égard une excellente orientation.

Cette expertise pourrait intervenir dans les enseignements, l’encadrement des chercheurs, la conception de projets et la mise en relation du Centre avec des institutions internationales.

Le CIAR devrait également disposer d’un incubateur chargé d’accompagner les chercheurs et les étudiants dans la transformation de leurs innovations en entreprises viables. Une invention qui reste dans un laboratoire produit peu d’effets économiques. Elle devient un véritable facteur de développement lorsqu’elle est transformée en produit, en service, en entreprise, en emploi et en revenu.

L’État et les grandes entreprises nationales pourraient consacrer une partie de leurs commandes technologiques à des solutions développées par le Centre et par les jeunes entreprises maliennes. Cette politique de commande publique innovante offrirait aux chercheurs et aux entrepreneurs un premier marché leur permettant d’expérimenter, d’améliorer et de commercialiser leurs solutions.

Faire du Mali un pôle technologique régional

Le CIAR peut également devenir un puissant instrument de rayonnement international.

Il pourrait accueillir des étudiants et des chercheurs des pays de l’Alliance des États du Sahel et contribuer à la construction d’un espace scientifique et technologique commun. Les pays de l’AES partagent de nombreux défis dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de la santé, de l’éducation, de l’énergie, de l’environnement et de la sécurité. Ils gagneraient à mutualiser leurs compétences, leurs données et leurs capacités de recherche.

Le Centre pourrait nouer des partenariats avec les meilleures universités africaines et internationales, organiser des conférences, accueillir des compétitions de robotique et développer des programmes conjoints de recherche.

À terme, le Mali pourrait exporter vers d’autres pays africains des solutions développées localement : logiciels agricoles, outils éducatifs en langues nationales, dispositifs de télémédecine, systèmes de gestion énergétique ou technologies de surveillance environnementale.

Le rayonnement international ne dépendra donc pas seulement de l’existence du Centre. Il dépendra de la qualité de ses chercheurs, de ses publications, de ses inventions, de ses partenariats et des solutions qu’il sera capable de mettre sur le marché.

Passer de l’infrastructure aux résultats

L’inauguration du CIAR constitue un commencement et non un aboutissement. L’histoire de nos politiques publiques montre que la construction d’une infrastructure ne suffit pas toujours à garantir son efficacité.

Le Centre devra disposer d’un financement pluriannuel couvrant la formation, la recherche, la connexion internet, les logiciels, la capacité de calcul, la cybersécurité, la maintenance et le renouvellement des équipements.

Il faudra aussi lui assurer une gouvernance professionnelle, suffisamment autonome et protégée des nominations sans rapport avec les compétences scientifiques.

Un contrat de performance pourrait fixer des indicateurs précis : le nombre de personnes formées et leur taux d’insertion professionnelle ; la proportion de femmes et de jeunes venant des régions ; le nombre de projets de recherche appliquée ; les logiciels, prototypes et brevets produits ; les innovations adoptées par les administrations et les entreprises ; les start-up créées ; les emplois générés ; les financements de recherche mobilisés ; enfin, les économies et gains de productivité obtenus grâce aux solutions développées.

Ces résultats devraient faire l’objet d’une publication annuelle et d’une évaluation indépendante régulière.

Le Mali devra parallèlement se doter d’une stratégie nationale de l’intelligence artificielle et d’un cadre régissant la protection des données, la cybersécurité, l’éthique, la propriété intellectuelle et la responsabilité liée aux décisions automatisées.

Une nouvelle frontière de l’indépendance

Le CIAR-Mali peut devenir l’un des instruments majeurs de la transformation structurelle du pays et de la mise en œuvre de la Vision Mali 2063.

Sa réussite ne se mesurera cependant ni à la beauté de ses bâtiments ni au nombre de cérémonies organisées. Elle se mesurera aux problèmes effectivement résolus : des hectares mieux irrigués, des maladies détectées plus rapidement, des élèves mieux formés, des pertes énergétiques réduites, des administrations plus efficaces, des entreprises créées et des emplois qualifiés générés.

Le défi est maintenant de transformer cette infrastructure en une institution d’excellence et en un véritable centre nerveux de l’innovation nationale.

Soixante-six ans après l’indépendance politique, le Mali doit ouvrir une nouvelle frontière : celle de l’indépendance scientifique, technologique et économique.

Le CIAR nous offre une occasion historique d’avancer dans cette direction. Il appartient désormais à l’État, aux chercheurs, aux entreprises, à la diaspora et à toute la jeunesse malienne d’en faire un instrument durable de souveraineté, de développement accéléré et de rayonnement international.

Bonne fête de l’indépendance à toutes les Maliennes et à tous les Maliens.

Vive un Mali uni, souverain, innovant et prospère.

Harouna Niang
Économiste / ancien ministre malien

Repères documentaires

Présidence de la République du Mali, communiqué du 21 septembre 2026, « Kati : le Président de la Transition inaugure le Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali ». Consulter la source

CIAR-Mali, présentation institutionnelle et missions du Centre. Consulter le site

Du 22 septembre à la souveraineté technologique

Le CIAR porte une nouvelle ambition pour le Mali

Par Harouna Niang  •  Économiste et ancien ministre malien

À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’accession du Mali à l’indépendance, je voudrais adresser mes vœux les plus chaleureux de paix, de sécurité, d’unité et de prospérité à l’ensemble du peuple malien.

J’ai une pensée reconnaissante pour les pères de l’indépendance, pour toutes les générations qui ont œuvré à la construction nationale ainsi que pour les femmes et les hommes qui, aujourd’hui encore, consentent des sacrifices pour préserver la souveraineté, l’intégrité territoriale et la dignité de notre pays.

Que ce 22 septembre soit non seulement un moment de commémoration, mais aussi une occasion de nous interroger collectivement sur le contenu économique, scientifique, technologique et social que nous voulons donner à notre indépendance.

C’est dans ce contexte hautement symbolique que le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, a inauguré, le 21 septembre 2026 à Kati Sirakoro Niaré, le Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali, le CIAR-Mali.

Cette inauguration constitue un événement majeur. Elle traduit la volonté du Mali de ne pas rester à l’écart de la révolution scientifique et technologique qui transforme déjà l’économie mondiale, les systèmes de production, l’éducation, la santé, la défense, l’agriculture et l’administration publique.

De l’indépendance politique à la souveraineté technologique

En 1960, l’enjeu fondamental était de conquérir l’indépendance politique et de retrouver la maîtrise de notre destin national. En 2026, cette indépendance doit être consolidée par de nouvelles formes de souveraineté : alimentaire, énergétique, industrielle, sanitaire, financière, numérique, scientifique et technologique.

Dans le monde contemporain, les données, les logiciels, les algorithmes et les capacités de calcul sont devenus des ressources stratégiques. Les nations qui maîtriseront ces instruments amélioreront plus rapidement leur productivité, la qualité de leurs services publics, leur sécurité et leur compétitivité. Celles qui resteront de simples consommatrices de technologies conçues ailleurs risquent de subir une nouvelle forme de dépendance.

L’inauguration du CIAR-Mali peut donc marquer le commencement d’une nouvelle étape : celle du passage d’un Mali principalement utilisateur de technologies importées à un Mali capable de former ses propres spécialistes, de produire ses propres connaissances et de développer des solutions correspondant à ses réalités.

Le Centre a pour missions la formation, la recherche-développement et la conception de solutions technologiques adaptées aux besoins du pays. Il comprend notamment des salles techniques, une salle consacrée aux drones, des espaces administratifs ainsi que des infrastructures d’hébergement et de restauration. Le projet a été financé par le budget national, ce qui lui confère également une portée particulière en matière d’appropriation nationale.

Mettre l’intelligence artificielle au service des priorités nationales

L’intelligence artificielle ne doit pas être perçue comme une technologie abstraite ou réservée aux grandes puissances. Elle doit devenir un instrument pratique au service du développement.

Dans l’agriculture, elle peut aider à prévoir les rendements, détecter les maladies des cultures, optimiser l’irrigation, suivre les pâturages et fournir aux producteurs des informations météorologiques localisées.

Dans le domaine de l’élevage, elle peut faciliter l’identification des animaux, le suivi sanitaire du cheptel, la prévention des épizooties et l’amélioration de la productivité.

Dans la santé, elle peut contribuer à l’aide au diagnostic, à la télémédecine, à la surveillance épidémiologique et à la gestion des stocks de médicaments. Elle peut notamment faciliter l’accès à certaines expertises médicales dans les zones éloignées des grands centres hospitaliers.

Dans l’éducation, l’intelligence artificielle peut offrir des outils d’apprentissage personnalisés, des bibliothèques numériques, des laboratoires virtuels et des dispositifs d’accompagnement des enseignants et des élèves. Elle pourrait également contribuer à détecter plus rapidement les difficultés d’apprentissage et à améliorer l’orientation scolaire et universitaire.

Dans les secteurs minier et énergétique, elle peut être utilisée pour la cartographie, l’analyse géologique, la surveillance environnementale, la maintenance prédictive des équipements, la gestion des réseaux électriques et l’optimisation de la production solaire.

Dans l’administration publique, elle peut favoriser la numérisation des archives, l’accélération des procédures, la détection de certaines anomalies, l’amélioration des recettes publiques et une plus grande transparence des services rendus aux citoyens.

Dans la protection civile et la gestion du territoire, les drones et les outils d’analyse peuvent aider à surveiller les inondations, les feux, la dégradation des terres et les risques environnementaux.

Le CIAR-Mali devra par conséquent travailler en relation permanente avec les ministères, les collectivités territoriales, les universités, les entreprises, les organisations professionnelles et les communautés locales. Il ne doit pas devenir un établissement de recherche isolé des besoins de l’économie et de la société.

Former les compétences dont le Mali a besoin

Le principal capital du CIAR ne sera pas constitué par ses bâtiments ou ses machines, mais par les femmes et les hommes qu’il formera.

Le Centre peut contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération d’ingénieurs, de chercheurs, de développeurs, de roboticiens, de spécialistes de la cybersécurité, de techniciens et d’entrepreneurs technologiques.

Il devra également participer à la formation continue des enseignants, des agents publics et des cadres des entreprises. L’intelligence artificielle transforme déjà les métiers. Le défi ne consiste donc pas seulement à former quelques spécialistes de haut niveau, mais à préparer progressivement l’ensemble de l’économie et de l’administration à cette transformation.

La sélection devra être rigoureuse, fondée sur le mérite et ouverte aux talents provenant de toutes les régions du Mali. Une attention particulière devra être accordée aux jeunes filles et aux femmes, encore insuffisamment représentées dans les filières scientifiques et technologiques.

Le CIAR pourrait également organiser des olympiades nationales de mathématiques, d’intelligence artificielle et de robotique. Ces compétitions entre les régions permettraient de détecter très tôt les talents et de susciter chez les jeunes une vocation pour les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques.

Produire une intelligence artificielle adaptée aux réalités maliennes

La plupart des grands systèmes d’intelligence artificielle ont été développés à partir de données, de langues et de réalités étrangères. Le Mali doit pouvoir disposer de technologies tenant compte de son histoire, de sa culture, de son environnement et de ses langues nationales.

Le CIAR pourrait contribuer à développer des outils capables de comprendre et de traiter le bambara, le peulh, le soninké, le songhaï et les autres langues du pays.

De telles solutions faciliteraient l’accès des populations rurales à l’information agricole, sanitaire et administrative. Elles pourraient soutenir l’alphabétisation, l’éducation, la traduction des documents publics et la préservation du patrimoine linguistique et culturel.

Cette orientation donnerait au Mali la possibilité de devenir l’un des pays pionniers dans le développement d’une intelligence artificielle véritablement africaine, inclusive et enracinée dans les réalités locales.

Créer un écosystème national d’innovation

Le CIAR ne pourra produire tous ses effets que s’il devient le centre d’un véritable écosystème associant les universités, les écoles d’ingénieurs, les instituts de recherche, les entreprises, les banques, les investisseurs et la diaspora scientifique malienne.

La mobilisation des compétences de la diaspora, annoncée par la direction du Centre, constitue à cet égard une excellente orientation.

Cette expertise pourrait intervenir dans les enseignements, l’encadrement des chercheurs, la conception de projets et la mise en relation du Centre avec des institutions internationales.

Le CIAR devrait également disposer d’un incubateur chargé d’accompagner les chercheurs et les étudiants dans la transformation de leurs innovations en entreprises viables. Une invention qui reste dans un laboratoire produit peu d’effets économiques. Elle devient un véritable facteur de développement lorsqu’elle est transformée en produit, en service, en entreprise, en emploi et en revenu.

L’État et les grandes entreprises nationales pourraient consacrer une partie de leurs commandes technologiques à des solutions développées par le Centre et par les jeunes entreprises maliennes. Cette politique de commande publique innovante offrirait aux chercheurs et aux entrepreneurs un premier marché leur permettant d’expérimenter, d’améliorer et de commercialiser leurs solutions.

Faire du Mali un pôle technologique régional

Le CIAR peut également devenir un puissant instrument de rayonnement international.

Il pourrait accueillir des étudiants et des chercheurs des pays de l’Alliance des États du Sahel et contribuer à la construction d’un espace scientifique et technologique commun. Les pays de l’AES partagent de nombreux défis dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de la santé, de l’éducation, de l’énergie, de l’environnement et de la sécurité. Ils gagneraient à mutualiser leurs compétences, leurs données et leurs capacités de recherche.

Le Centre pourrait nouer des partenariats avec les meilleures universités africaines et internationales, organiser des conférences, accueillir des compétitions de robotique et développer des programmes conjoints de recherche.

À terme, le Mali pourrait exporter vers d’autres pays africains des solutions développées localement : logiciels agricoles, outils éducatifs en langues nationales, dispositifs de télémédecine, systèmes de gestion énergétique ou technologies de surveillance environnementale.

Le rayonnement international ne dépendra donc pas seulement de l’existence du Centre. Il dépendra de la qualité de ses chercheurs, de ses publications, de ses inventions, de ses partenariats et des solutions qu’il sera capable de mettre sur le marché.

Passer de l’infrastructure aux résultats

L’inauguration du CIAR constitue un commencement et non un aboutissement. L’histoire de nos politiques publiques montre que la construction d’une infrastructure ne suffit pas toujours à garantir son efficacité.

Le Centre devra disposer d’un financement pluriannuel couvrant la formation, la recherche, la connexion internet, les logiciels, la capacité de calcul, la cybersécurité, la maintenance et le renouvellement des équipements.

Il faudra aussi lui assurer une gouvernance professionnelle, suffisamment autonome et protégée des nominations sans rapport avec les compétences scientifiques.

Un contrat de performance pourrait fixer des indicateurs précis : le nombre de personnes formées et leur taux d’insertion professionnelle ; la proportion de femmes et de jeunes venant des régions ; le nombre de projets de recherche appliquée ; les logiciels, prototypes et brevets produits ; les innovations adoptées par les administrations et les entreprises ; les start-up créées ; les emplois générés ; les financements de recherche mobilisés ; enfin, les économies et gains de productivité obtenus grâce aux solutions développées.

Ces résultats devraient faire l’objet d’une publication annuelle et d’une évaluation indépendante régulière.

Le Mali devra parallèlement se doter d’une stratégie nationale de l’intelligence artificielle et d’un cadre régissant la protection des données, la cybersécurité, l’éthique, la propriété intellectuelle et la responsabilité liée aux décisions automatisées.

Une nouvelle frontière de l’indépendance

Le CIAR-Mali peut devenir l’un des instruments majeurs de la transformation structurelle du pays et de la mise en œuvre de la Vision Mali 2063.

Sa réussite ne se mesurera cependant ni à la beauté de ses bâtiments ni au nombre de cérémonies organisées. Elle se mesurera aux problèmes effectivement résolus : des hectares mieux irrigués, des maladies détectées plus rapidement, des élèves mieux formés, des pertes énergétiques réduites, des administrations plus efficaces, des entreprises créées et des emplois qualifiés générés.

Le défi est maintenant de transformer cette infrastructure en une institution d’excellence et en un véritable centre nerveux de l’innovation nationale.

Soixante-six ans après l’indépendance politique, le Mali doit ouvrir une nouvelle frontière : celle de l’indépendance scientifique, technologique et économique.

Le CIAR nous offre une occasion historique d’avancer dans cette direction. Il appartient désormais à l’État, aux chercheurs, aux entreprises, à la diaspora et à toute la jeunesse malienne d’en faire un instrument durable de souveraineté, de développement accéléré et de rayonnement international.

Bonne fête de l’indépendance à toutes les Maliennes et à tous les Maliens.

Vive un Mali uni, souverain, innovant et prospère.

Harouna Niang
Économiste / ancien ministre malien

Repères documentaires

Présidence de la République du Mali, communiqué du 21 septembre 2026, « Kati : le Président de la Transition inaugure le Centre d’intelligence artificielle et de robotique du Mali ». Consulter la source

CIAR-Mali, présentation institutionnelle et missions du Centre. Consulter le site

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