Retour de la diaspora au Mali : comment les « Repats » tentent de réussir leur installation

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Nés ou ayant grandi à l’étranger, de nombreux descendants de Maliens choisissent de s’installer dans le pays de leurs parents pour y travailler, entreprendre ou contribuer à son développement. Mais entre lourdeurs administratives, décalage culturel, difficultés d’accès à l’emploi et manque de repères, le retour ne va pas toujours de soi. Face à ces obstacles, les « Repats » développent leurs propres stratégies : préparation financière, réseaux d’entraide, accompagnement professionnel ou encore création d’entreprise. Des initiatives qui donnent des résultats encourageants, mais qui restent encore largement dépendantes des efforts individuels et associatifs.

Alors qu’une partie de la jeunesse malienne cherche à quitter le pays, parfois au péril de sa vie, d’autres jeunes prennent le chemin inverse. Nés ou ayant grandi en France, au Canada, aux États-Unis ou ailleurs, ces fils et filles de migrants choisissent de s’installer au Mali, pays d’origine de leurs parents. Leur objectif : y travailler, créer une entreprise, investir ou simplement renouer avec leurs racines.

Communément appelés « Repats », ces jeunes arrivent généralement avec des diplômes, une expérience professionnelle acquise à l’étranger, des économies et, dans certains cas, un réseau international. Pourtant, ces atouts ne suffisent pas toujours à garantir une installation réussie. Une fois au Mali, ils doivent composer avec un environnement professionnel, administratif et social dont les réalités peuvent être très différentes de celles auxquelles ils étaient habitués.

Face à ces difficultés, certains ont développé des stratégies et des réseaux pour faciliter leur retour. Leurs parcours montrent qu’une installation réussie est possible, mais qu’elle nécessite d’être préparée, accompagnée et soutenue par un réseau local.

RepatMali, un réseau pour faciliter le retour

Créée en 2018, l’Association RepatMali compte aujourd’hui plus d’une centaine de membres. Elle se présente comme une communauté d’entraide destinée aux membres de la diaspora qui souhaitent venir, revenir ou s’installer durablement au Mali. L’adhésion est fixée à 25 000 FCFA et permet notamment d’accéder au guide pratique de l’association ainsi qu’à ses différentes rencontres.

Disponible en ligne, le Guide pratique du Repat rassemble des conseils destinés à accompagner les différentes étapes du retour. Il fournit des informations sur les opportunités locales, les écoles, les banques et les administrations, mais également sur les possibilités d’emploi. Les contacts utiles, notamment ceux liés au RMO, y sont répertoriés. Le document est régulièrement actualisé à partir des retours et des expériences des membres de la communauté.

L’association organise également des rencontres baptisées « Alterwork Repat », qui réunissent généralement une quarantaine de participants. La dernière rencontre s’est tenue le 30 juillet 2026 dans un restaurant de l’ACI 2000, à Bamako, autour du thème : « Quel budget à Bamako ? »

Ces rencontres constituent des espaces d’échange d’expériences et de partage de conseils sur les opportunités professionnelles et entrepreneuriales au Mali. Elles permettent également aux nouveaux arrivants de développer leur réseau et de créer des liens durables.

Cette mise en réseau répond à l’un des principaux problèmes auxquels sont confrontés les nouveaux arrivants : le manque de repères et de contacts locaux. Les échanges permettent d’anticiper certaines difficultés, d’obtenir des informations pratiques et de rompre l’isolement.

Selon Ely Sinayoko, président de RepatMali, les membres de la communauté s’orientent d’ailleurs de plus en plus vers l’entrepreneuriat.

Mais avec un peu plus d’une centaine de membres, l’association ne peut à elle seule répondre aux besoins de l’ensemble des Maliens de la diaspora qui envisagent un retour.

Langue, codes sociaux et emploi : trois obstacles majeurs

Pour plusieurs « Repats », la création d’entreprise apparaît comme une réponse aux difficultés rencontrées sur le marché de l’emploi. Elle permet notamment de valoriser les compétences acquises à l’étranger et d’investir dans des secteurs encore peu développés au Mali.

Installée au Mali depuis huit ans, Néné Kéita Diallo dirige YelenMa Consulting, un cabinet qui accompagne des entreprises et des initiatives privées contribuant au développement économique du pays.

« Mon cabinet de consulting est bien implanté dans l’écosystème et connu des principales parties prenantes. Nous avons réussi à nous insérer durablement dans le secteur privé », témoigne-t-elle.

Son parcours montre qu’une entreprise créée par une personne issue de la diaspora peut trouver sa place dans l’économie malienne. Mais cette réussite s’est construite progressivement, après plusieurs années de présence dans le pays, une meilleure connaissance de l’écosystème local et la constitution d’un réseau professionnel.

Djouma Dramé Diallo a, elle aussi, choisi l’entrepreneuriat après une expérience dans le salariat. Titulaire d’un master en management des structures sanitaires et sociales, elle a créé Impact Santé. La mise en place de son entreprise lui a toutefois demandé plus de deux ans de démarches administratives.

Son expérience illustre à la fois le potentiel de l’entrepreneuriat et l’un de ses principaux obstacles : la complexité et la lenteur des procédures administratives. Une initiative individuelle peut permettre de contourner certaines difficultés, mais elle ne suffit pas à résoudre les problèmes structurels auxquels sont confrontés les candidats au retour.

Ingénieur en maintenance industrielle, Zamblée Diakité s’est installé à Bamako en 2018, après plusieurs années de va-et-vient entre le Mali et la France. Il dirige aujourd’hui une entreprise spécialisée dans la maintenance industrielle.

Pour lui, les compétences techniques ne suffisent pas. Il faut également comprendre le fonctionnement de la société malienne et savoir créer des relations.

« Au Mali, c’est le relationnel qui compte. Il ne faut pas rester dans son coin. Il faut avoir des contacts », conseille-t-il.

Le réseau apparaît ainsi comme un élément déterminant pour accéder à l’information, trouver des partenaires, identifier des opportunités et mieux comprendre les codes du marché.

Préparer financièrement et mentalement son retour

L’installation au Mali ne doit pas, selon plusieurs témoignages, être improvisée.

Revenue au Mali en 2014, Countel Kanne recommande aux candidats au retour de disposer d’une épargne suffisante pour couvrir au moins six mois, voire une année, de dépenses.

Cette réserve constitue un filet de sécurité pendant la recherche d’un emploi, le lancement d’une activité ou la période d’adaptation. Elle permet de réduire la pression financière des premiers mois et de faire face aux imprévus.

Après plusieurs années dans le salariat, Countel Kanne prépare aujourd’hui son entrée dans l’entrepreneuriat avec le lancement du Centre culturel CK Blon.

Son expérience l’a également amenée à mettre en avant une dimension souvent peu abordée dans les projets de retour : la santé mentale.

« Il faut vraiment la préserver. Il y a des événements que l’on n’a jamais vécus et que l’on peut vivre ici, parce que nous sommes dans un pays en crise. Il ne faut pas le perdre de vue », prévient-elle.

Pour mieux faire face à cette pression, elle conseille de rejoindre un groupe, de maintenir une vie sociale et de construire un réseau solide d’amis ou de proches. Ce soutien communautaire peut constituer une véritable soupape, même s’il ne remplace pas un accompagnement professionnel lorsque celui-ci devient nécessaire.

Fatoumata Diallo, installée au Mali depuis six ans avec ses enfants, est la promotrice de « Diasposon et Shopin ». Elle insiste, pour sa part, sur l’importance de garder à l’esprit les raisons qui ont motivé le retour. Cette clarté peut aider à traverser les périodes de doute, même si elle ne suffit pas à résoudre les difficultés économiques ou administratives.

Des solutions encore largement portées par les individus

Ancienne présidente de RepatMali, Djouma Dramé Diallo identifie trois grandes difficultés d’intégration : la langue, la compréhension des codes sociaux et l’accès à l’emploi.

Certains descendants de Maliens, notamment ceux issus de familles soninké, ne parlent pas couramment le bambara, pourtant très utilisé dans les échanges quotidiens à Bamako. Cette situation peut compliquer les démarches administratives, les relations professionnelles et l’intégration sociale, même lorsque les intéressés maîtrisent parfaitement le français.

Le deuxième défi concerne les traditions, les pratiques familiales et les codes sociaux. Avoir grandi dans une famille malienne à l’étranger ne signifie pas nécessairement maîtriser les réalités quotidiennes de la société malienne.

Le troisième obstacle est professionnel. Les opportunités autrefois disponibles dans certaines ONG et entreprises privées se sont réduites. Face à cette contraction du marché de l’emploi, de nombreux « Repats » se tournent vers l’entrepreneuriat.

Mais là encore, tous ne disposent pas du capital, du réseau ou de l’expérience nécessaires pour créer une activité viable.

Djouma Dramé Diallo cite notamment le cas d’une chirurgienne neurologue revenue au Mali après une carrière à l’étranger. Malgré son haut niveau de qualification, elle aurait rencontré des difficultés à exercer dans une structure privée de référence.

« Elle est la crème de la crème dans le milieu de la chirurgie. Elle est revenue dans une structure privée très connue au Mali et, en fait, elle n’avait jamais de consultation. On a tout fait pour la décourager, à cause de la compétition entre professeurs et docteurs. Elle est retournée en Afrique du Sud », déplore-t-elle.

Countel Kanne se souvient également de sa première tentative d’installation, à la fin de l’année 2010 et au début de 2011.

« Je venais de finir mes études. Je pensais que j’allais trouver du travail. Ça a été la désillusion totale. »

Les difficultés auxquelles sont confrontés certains « Repats » peuvent également conduire à un départ du Mali. Selon Ely Sinayoko, les problèmes d’approvisionnement en carburant et la crise énergétique ont notamment poussé plusieurs membres de la communauté à repartir.

« Ça dépasse la dizaine », souligne-t-il.

Selon le président de RepatMali, les départs interviennent généralement au cours des premières années suivant l’installation.

Pourquoi revenir au Mali ?

Pour Bréma Ely Dicko, spécialiste des questions migratoires et enseignant-chercheur à l’Université Yambo Ouologuem de Bamako, le mouvement de retour s’explique notamment par une différence de ressources et de perception des opportunités.

Les « Repats » disposent souvent d’un diplôme, parfois d’un passeport étranger, d’économies et d’un réseau international. Certains cherchent également à dépasser les discriminations, le plafond de verre ou le sentiment d’être considérés comme étrangers dans les pays où ils sont nés ou ont grandi.

Ils identifient par ailleurs des opportunités dans plusieurs secteurs au Mali, notamment le numérique, l’agrobusiness, les services et la culture.

Pour certains, le retour répond aussi à une volonté de donner davantage de sens à leur parcours en contribuant au développement du pays de leurs parents.

Mais les solutions actuellement observées reposent encore largement sur les efforts personnels : épargner avant de revenir, intégrer une association, développer son réseau, apprendre les codes sociaux et, parfois, créer sa propre entreprise.

Cette capacité d’adaptation constitue une force. Mais elle peut également créer une forme d’inégalité entre ceux qui disposent de ressources financières et relationnelles importantes et ceux qui en sont dépourvus.

Vers un parcours organisé d’accueil et d’intégration ?

Pour aller au-delà des initiatives individuelles, plusieurs acteurs appellent désormais à la création d’un dispositif public spécifiquement consacré aux « Repats ».

Néné Kéita Diallo plaide pour une amélioration de l’accès au logement, à l’éducation, à l’emploi et à la création d’entreprise.

Djouma Dramé Diallo insiste, elle, sur la nécessité de simplifier les démarches administratives, notamment celles liées à la reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger. Elle cite l’exemple du Ghana, qui a développé une politique plus visible en direction de sa diaspora.

Pour elle, simplifier les procédures ne signifie pas supprimer les contrôles, mais mettre en place des démarches plus rapides, plus transparentes et mieux expliquées.

Bréma Ely Dicko propose, de son côté, de structurer l’accompagnement autour de trois axes : l’accompagnement administratif et fiscal, la création de passerelles socioprofessionnelles et l’orientation socioculturelle.

Concrètement, un tel dispositif pourrait comprendre un guichet d’accueil, une assistance à la création d’entreprise, des informations fiscales, un accompagnement pour la reconnaissance des diplômes ainsi qu’une orientation vers le logement et les services essentiels.

Des modules consacrés aux codes sociaux, à la négociation et aux réalités du marché malien pourraient également permettre de réduire le décalage entre les attentes des nouveaux arrivants et les pratiques locales.

Le chercheur évoque aussi la possibilité d’exonérations fiscales temporaires pour certains projets portés par la diaspora, ainsi que la création de réseaux permettant de connecter les « Repats » aux entrepreneurs et aux institutions du pays.

Ces propositions nécessitent toutefois d’être évaluées dans le contexte malien. Leur coût, leurs critères d’attribution et les éventuels risques de créer des inégalités avec les entrepreneurs locaux devraient notamment être étudiés avant leur mise en œuvre.

Ely Sinayoko recommande également la création, au sein des ambassades et consulats du Mali, de dispositifs capables d’informer les jeunes d’origine malienne sur les possibilités de retour et les secteurs offrant des opportunités.

L’État commence à structurer son approche

Du côté des pouvoirs publics, des initiatives commencent également à émerger.

Le gouvernement malien, à travers le ministère chargé des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine, a organisé le Forum de la diaspora malienne, dont la deuxième édition s’est tenue du 18 au 20 juillet 2026.

À cette occasion, le ministre Moussa Ag Attaher a rappelé que « la diaspora n’est nullement reléguée à la périphérie de la Nation ».

Il a notamment présenté l’ambition de transformer les compétences de la diaspora en opportunités, les opportunités en investissements productifs, les investissements en entreprises et les entreprises en emplois durables pour la jeunesse malienne.

Le ministre a également annoncé le lancement de Diaspora Hub, présenté comme une infrastructure numérique nationale destinée à rapprocher les Maliens établis à l’étranger de leur pays, de ses institutions et des opportunités liées au développement national.

Selon le ministre, cette plateforme doit notamment permettre de mieux identifier les compétences de la diaspora, de favoriser les investissements, de faciliter le transfert d’expertise et de créer des passerelles entre les talents maliens de l’extérieur et les besoins du pays.

Le lancement de Diaspora Hub est ainsi présenté par les autorités comme une nouvelle étape dans la mobilisation de la diaspora autour du développement du Mali.

Transformer les initiatives en véritable parcours de retour

Les parcours de Néné Kéita Diallo, Djouma Dramé Diallo, Zamblée Diakité et Countel Kanne montrent que l’installation au Mali peut déboucher sur une réussite professionnelle, aussi bien dans l’entrepreneuriat que dans le salariat.

Ils mettent également en évidence plusieurs conditions favorables : préparer son projet, disposer d’une réserve financière, comprendre les réalités locales, développer son réseau et accepter que l’intégration prenne du temps.

Mais ces expériences montrent surtout que les réponses existent déjà, même si elles restent fragmentées et inégalement accessibles.

L’enjeu est désormais de transformer ces initiatives individuelles et associatives en un véritable parcours d’accueil et d’intégration, capable de valoriser les compétences de la diaspora sans lui accorder de privilèges injustifiés.

Pour y parvenir, il faudra documenter les résultats des expériences existantes, identifier les échecs et associer les administrations, les entreprises, les collectivités, les associations de la diaspora et les communautés locales.

Car le retour ne peut pas reposer uniquement sur l’attachement au pays ou sur la détermination personnelle. Il doit être préparé, accompagné et évalué.

rédaction

diasporaction.com

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