GAOUSSOU GOITA, STYLISTE-MODELISTE: Un révolutionnaire a voulu redonner au coton son symbole culturel et économique

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Artiste visionnaire, créateur talentueux et ambassadeur du savoir-faire malien, Gaoussou Goïta a tiré sa révérence le 12 mai 2026 après avoir marqué l’univers de la mode par son « génie créatif, son élégance et son engagement » pour la culture malienne, voire africaine… Ceux qui l’ont côtoyé gardent de lui les souvenirs d’un styliste atypique, un révolutionnaire pas forcément compris et qui n’a surtout pas bénéficié de la nation une reconnaissance à la hauteur de son engagement. Nous vous proposons ici l’article que nous lui avions consacré en 2014 en visitant son atelier.

Dans son atelier de Niamana ATTbougou, c’est habillé dans ses propres créations que Gaoussou Goïta nous reçut. L’artiste se définit mieux comme un « Révolutionnaire » parce qu’il a un projet novateur basé sur la revalorisation du coton malien. Et ce n’est pas ce qu’on entend régulièrement dans les discours biaisés de politiciens en quête d’électeurs dans les régions de production, notamment dans le sud du Mali.

Gaoussou Goïta dans son univers de création

Styliste-modéliste, Gaoussou Goïta est, depuis quelques années, à l’avant-garde d’un noble combat : la valorisation d’une des matières premières du Mali, le coton, communément appelé « l’Or blanc ». Diplômé de la promotion de 2006 de l’École syndicale de la couture parisienne (seul Africain sur une vingtaine de pensionnaires), ce styliste-modéliste est aussi un photographe professionnel de mode qui a décidé de revenir au bercail et de mettre son immense talent au service d’une seule conviction, d’une seule ambition : créer une vraie valeur ajoutée aux créations en coton du Mali afin de faire de cette culture le véritable or blanc tant souhaité ! 

Originaire de Niono dans la région de Ségou, région rizicole et cotonnière, Gaston (comme on l’aurait appelé dans nos Grins) est fils de tisserand. Il a commencé son apprentissage dans la couture à Bamako avant de prendre le chemin de l’aventure en 1990. Passé par le Burkina Faso, le Cameroun (quelques mois), il arrive au Gabon au début de 1991, où il exerce son métier de tailleur. Quelques années plus tard, en 1998, « l’aventurier » se retrouve à Paris. Parallèlement à une activité professionnelle régulière, dans le prêt-à-porter puis dans la gravure sur métal, il confectionne sur mesure pour une petite clientèle dans un foyer de travailleurs immigrés baptisé « Foyer quai de la gare».

Saisissant l’opportunité d’une formation continue, il entre à l’Ecole de la Chambre syndicale de la couture parisienne, ce lieu recherché où sont passés de grands noms de la haute couture comme Yves Saint Laurent. Il y approfondit ses connaissances de base et la maîtrise des techniques du moulage, du patronage, du montage et de la réalisation de vêtements à volume.  

Sa formation terminée, Gaoussou se lance dans ce que l’on peut appeler « la bataille du coton malien » avec ses propres armes : l’originalité d’une création décomplexée et innovante exclusivement confectionnée à partir du coton biologique malien, dont il se veut un acharné défenseur. Très engagé, Gaoussou Goïta a délibérément opté pour une démarche militante au profit d’un projet ambitieux baptisé « Farafina Dambé » (l’honneur de l’Afrique) qui a pour objet la valorisation d’une des matières premières du Mali, le coton. Communément appelé « l’Or blanc » du pays, l’un des premiers producteurs en Afrique, cette culture d’exportation est la 2ᵉ source de revenus du Mali après l’or.

Sa griffe (G.G/pour Gaoussou Goïta) : Un Lion et une Lionne ! Un choix pour symboliser une marque ouverte aussi bien à l’homme qu’à la femme avec le souci de « l’élégance utile ». Il s’agit naturellement de l’élégance qui permet de redonner au coton son symbole culturel et économique avec de judicieuses valeurs ajoutées. Pour G.G, il s’agit aussi de « participer à la limitation des effets négatifs de la mondialisation en encourageant la transformation sur place qui permet à la fois de faire émerger les compétences et de créer des emplois ».

Une brillante collection rivalisant avec le « haut de gamme »

Ce combat est soutenu de nos jours par des philosophies comme « Tout Fait au Mali » (TFM) ou, en anglais, « All Made in Mali » (AMM) visant à révolutionner l’approche de la couture par la formation. Et il suffit de se rendre dans son atelier de Niamana ATTbougou pour se rendre compte que ce rêve patriotique n’est pas utopique. Des chemises, des tee-shirts, des robes, des écharpes et même des survêtements de sport… sont alignés comme pour défier les amateurs d’une certaine culture « haut de gamme ».

Gaoussou Goïta dans sa boutique

Passé le moment de l’admiration, on prend conscience que la démarche du créateur s’inscrit dans une triple dimension : culturelle, économique et citoyenne. En effet, il s’agit avant tout de la valorisation du patrimoine vestimentaire en le mettant au goût de nos habitudes vestimentaires avec une ouverture sur le monde. L’initiative se destine aussi à donner aux créations en coton une véritable valeur ajoutée leur permettant de soutenir la concurrence avec n’importe quel produit similaire importé.

Pour ce faire, il est envisagé une production de grande consommation grâce à des relais comme le très répandu recours aux uniformes lors des fêtes socioculturelles ou religieuses (baptêmes, mariages, ziahara…) ou des secteurs grands consommateurs d’habillement collectif comme les écoles, la santé, l’hôtellerie, les agences de communication, la police, la gendarmerie, le milieu sportif. La création d’emplois, à travers la fabrication sur place, est la valeur ajoutée sociale qui se greffe à une telle activité économique. À cheval sur ce combat, Gaoussou est déterminé à mettre son savoir, son talent et ses compétences au service d’un travail de fond sur la couture au Mali avec l’ambition d’aboutir à « la création d’un véritable centre de formation et d’apprentissage de couture ».

Le styliste-modéliste tient surtout à démontrer aux jeunes que l’immigration, au péril de sa vie, n’est pas préférable à l’effort consenti pour créer et développer à partir de ce qu’on a sur place ! Déjà, ils sont nombreux à être acquis à cette noble cause dans de nombreux milieux (médias, arts et culture…).

Ceux qui ont côtoyé G. Goïta disent qu’il est « un homme très déterminé qui mérite sincèrement d’être aidé ». Et pour ce confrère, « il ne faut pas tout attendre de l’État… Les partenaires privés maliens doivent prendre l’initiative de parrainer des projets tels que celui de Gaoussou ». Déjà, l’une des meilleures façons d’aider le jeune et révolutionnaire modéliste, c’est de porter ses créations sans complexe et en toutes circonstances. 

Alphaly (Le Reporter)

MODE

GAOUSSOU GOÏTA : Le créateur visionnaire a déposé les ciseaux pour de bon

L’artiste se définissait mieux comme un « révolutionnaire » parce qu’il avait un projet novateur basé sur la revalorisation du coton malien. Et comme l’ont rappelé des confrères, il avait la patrie chevillée au corps, « le bogolan dans le sang et du génie dans la main ». C’est donc un grand patriote et un créateur engagé que le Mali a perdu le 12 mai 2026 en la personne de Gaoussou Goïta.

« J’ai eu la chance d’aller lui rendre visite à Paris (France), il y a quelques années. Malgré une journée pluvieuse, il a tenu à m’accueillir dans son atelier et en famille. Je garde encore de bons souvenirs de l’accueil chaleureux qu’il m’a accordé, de ses conseils et de ses expériences dans le domaine de la mode, particulièrement de son style unique et de sa matière de prédilection (bougounin fini ou cotonnade malienne). Il fut parmi les rares stylistes à valoriser ce textile, combinant modernité et originalité », témoigne Papyvalerie (Cheick Oumar Kanté), styliste malien vivant en Espagne, qui a annoncé sa disparition sur les réseaux sociaux. « Avec sa marque, GOÏTA, il a habillé la communauté africaine à Paris. Il a également habillé de nombreuses personnalités au Mali », ont souligné nos confrères de « RP Médias », dont il était très proche ces dernières années.

Talentueux créateur, Gaoussou Goïta se définissait mieux comme un « révolutionnaire » parce qu’il avait un projet novateur basé sur la revalorisation du coton malien

En apprenant sa disparition, les souvenirs de notre rencontre en 2014 (chez lui à ATTbougou-Niamana) se sont bousculés dans notre tête. Styliste-modéliste, Gaoussou Goïta avait fait de la promotion du coton et des cotonnades son cheval de bataille. Toute sa vie, il a été à l’avant-garde d’un noble combat : la valorisation d’une des matières premières du Mali, le coton, communément appelé « l’or blanc ». Lors de notre rencontre, il nous a confié son rêve d’habiller les Équipes nationales des différentes disciplines, en leur confectionnant notamment des survêtements. Il s’est battu sans répit pour concrétiser ce rêve, mais sans jamais bénéficier de la reconnaissance nationale qu’il méritait amplement.

Styliste atypique et « révolutionnaire incompris », Gaoussou a donc définitivement déposé les ciseaux avec sans doute le regret de n’avoir pas bénéficié dans son pays de l’attention à la hauteur de son talent, de sa créativité et de son engagement en faveur du coton malien. L’artiste s’en est allé (dans un révoltant anonymat), mais, comme l’ont si bien dit nos confrères de « RP Médias »« son œuvre, son humilité et sa passion resteront à jamais dans nos cœurs et dans l’histoire de la mode » !

Moussa Bolly

diasporaction.com

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