Entrepreneure de presse avec le journal Kabako, la télé privée Mousso TV et la radio Oxygène, Mme Diaby Makoro Camara est décédée le 6 avril 2026. La presse nationale, voire africaine, perd ainsi une figure emblématique et une bâtisseuse de médias qui aura marqué plusieurs générations de professionnels.
Icône, bâtisseuse de médias ! Mme Diaby Makoro Camara l’était ! Elle a brillamment marqué le paysage médiatique malien, voire africain, avant de tirer sa révérence le 6 avril 2026. Directrice de publication du journal « Kabako » (faits divers), Mme Diaby Makoro Camara a créé son organe de presse sur fonds propres. Un coup d’essai devenu un success story cité en référence comme un modèle de réussite. Et cela d’autant plus que, à l’époque, il n’était pas évident de se lancer dans une entreprise de presse basée sur des faits divers. Certes Kabako a connu des moments difficiles, mais aussi des moments de gloire en se frayant un chemin malgré les difficultés. Cet essai réussi a été suivi de la mise en place de l’imprimerie « SoroPrintColor », devenue plus tard « Hippo Impression », de la radio « Oxygène » et de « Mousso TV ».
Avant de tirer sa révérence, Makoro a évolué dans le secteur privé pendant plus d’une trentaine d’années. Après des stages et des bénévolats dans des entreprises privées de la place tels que la Société d’initiative togolaise Aigles (SINITECTOA), qui évolue dans le domaine de la télécommunication. Selon elle, sa motivation première était de rendre service à ceux qui l’entourent, sa famille, ses amis et les milliers de jeunes diplômés sans emploi. « Dotée d’un immense cœur, Makoro Camara était fière de pouvoir contribuer à résorber, un tant soit peu, le taux de chômage au Mali », confie un confrère.

Entrepreneure de presse avec le journal Kabako, la télé privée Mousso TV et la radio Oxygène, Mme Diaby Makoro Camara est décédée le 6 avril 2026
Pionnière engagée, elle a contribué à l’émergence de la presse libre au Mali en apportant notamment un soutien, certes modeste, mais très précieux, aux organes de presse du pays. Dans ses trois entreprises, Makoro Camara employait une vingtaine de personnes, des professionnels de la communication (journalistes contractuels, pigistes, animateurs…), infographes, conducteurs de machines offset, comptables… Bref, tout le personnel nécessaire au bon fonctionnement des trois sociétés.
Grâce à son courage, sa détermination et son sérieux dans le travail bien fait, Makoro Camara Diaby s’est imposée dans le secteur privé avec une popularité sans pareille. Véritable amazone de la presse malienne, elle fut aussi un modèle pour les médias en Afrique et au-delà des frontières du continent. Pourtant, rien ne prédestinait notre héroïne à faire carrière dans les médias, notamment dans l’entrepreneuriat. Armée d’un Diplôme d’études approfondies (DEA) obtenu à l’Université de l’État de Biélorussie (ex-URSS) en 1986, Makoro Camara est retournée au bercail pour travailler pendant deux ans comme bénévole à la Radiotélévision du Mali (RTM), l’actuel Office de la radiotélévision du Mali (ORTM). À l’époque, les médias se limitaient à la RTM et à l’Essor, en plus de quelques organes de la presse communautaire et sportive de l’Agence malienne pour la presse et la publicité (AMAP). Donc, pas de presse ou radio privée libre à cette époque.
Par la suite, Makoro Camara est embauchée par une société togolaise de communication dénommée la SINITECTOA qui collaborait avec l’ONP (Office national des postes). Là, elle fut chef du personnel et gérait une centaine d’employés, dont la majorité était des hommes. Cette battante s’est retrouvée dans la rue quand SINITECTOA a fait faillite. Un chômage de courte durée, car Makoro Camara est recrutée par une structure du ministère du Travail, le « CARREC » (Carrefour de reconversion). Malheureusement, les événements de mars 1991 ont écourté cette expérience.

Mme Diaby Makoro Camara a dédié toute sa carrière à la promotion des entreprises de presse
La fermeture du Carrec a aussi enterré le projet de bulletin de liaison pour lequel elle était embauchée. Mais, comme on le dit souvent, ce fut un bien pour un mal. En effet, avec la libéralisation de la presse, elle prit l’initiative de créer son propre journal. Un tournant décisif dans le parcours, voire dans la vie socioprofessionnelle de Diaby Makoro Camara qui a emboîté les pas de sa grande sœur Ramata Dia. Ce projet a été développé avec son compagnon de toujours, feu Oumar Bouaré. Le titre est vite trouvé : Kabako ! Le premier numéro a paru en octobre 1991.
De journaliste reporter à directrice de la publication du célèbre journal de faits divers Kabako, à la radio Oxygène et à la télé « Mousso TV », elle avait su s’imposer par son courage et son professionnalisme avant de tirer sa révérence le 6 avril 2026 !
Moussa Bolly
HOMMAGE
TEMOIGNAGES
Une femme d’action qui a marqué la presse nationale de son empreinte entrepreneuriale
À l’annonce de la disparition de Mme Diaby Makoro Camara, les témoignages ont plu dans les médias et surtout sur les réseaux sociaux, saluant la mémoire d’une « pionnière de la presse malienne ; une véritable figure de proue de la presse privée au Mali…» !
« Brave et engagée, Makoro a été de tous les combats pour la liberté et la dignité de la profession. Que ce soit au sein de l’APAC (Association des professionnelles africaines de la communication), de l’Union des femmes journalistes ou en tant que trésorière du Comité de pilotage de la Maison de la Presse, l’illustre défunte s’est investie sans compter pour la cause des journalistes maliens. Nombreux sont ceux qu’elle a épaulés et aidés pour la parution de leurs titres dès l’ouverture de son imprimerie », a témoigné Kassim Traoré, jeune entrepreneur de presse (Le Reporter et Diany.com). « Nous retiendrons particulièrement son implication lors des crises au sein de la Maison de la presse. Elle ne cessait d’appeler notre groupe, nous les jeunes, avec une bienveillance qui était devenue, au fil du temps, notre mot de passe secret jusqu’à son dernier souffle », a-t-il conclu.

Kassim Traoré, journaliste et entrepreneur de presse
« Elle n’était pas simplement une directrice de publication ; elle était une bâtisseuse. Dans un univers médiatique exigeant, Makoro a imposé son nom par la seule force de son travail et de son intégrité. De la création du journal Kabako à la mise sur pied de Mousso TV et de Radio Oxygène, elle a prouvé que l’ambition, lorsqu’elle est portée par la passion, ne connaît aucune limite », a souligné Abdoul Karim Dramé, journaliste et chroniqueur indépendant. Pour lui, on se souviendra de Makoro comme « d’un esprit farouchement indépendant. Femme d’affaires redoutable à la tête de HIPPO Imprimerie, elle maniait l’art de l’excellence avec une rigueur qui forçait l’admiration. Elle était cette femme battante qui ne reculait devant aucun défi, transformant chaque obstacle en un tremplin pour briller davantage ». Pour Dramé, « elle a ouvert la voie à des générations de femmes journalistes, leur montrant qu’il était possible de diriger, d’entreprendre et de réussir sans jamais trahir ses convictions. Une icône s’est éteinte, mais l’écho de sa voix et la précision de ses presses continueront de résonner dans chaque salle de rédaction du pays ».
« Une amazone s’en est allée se coucher », a écrit Tiégoum Boubèye Maïga (TBM), chroniqueur politique, en saluant la mémoire de Mme Diaby Makoro Camara. En elle, a-t-il rappelé, « la presse malienne perd l’une de ses figures les plus emblématiques ». Et cela d’autant plus que Makoro était « l’une des rares femmes à s’engager sur la voie escarpée de la presse privée et de l’entrepreneuriat féminin dès le lendemain de l’avènement de la démocratie. Mac, comme je l’appelais, a été de tous les combats de la presse. Elle ne s’est pas contentée de monter des rédactions, elle a monté une vraie entreprise de presse avec ses journaux, sa radio et son imprimerie. Mac était toujours prête à aider, avec son éternel sourire. Elle avait mis son imprimerie à la disposition de tous ses confrères ».

Abdoul Karim Dramé, journaliste et chroniqueur indépendants
« La nouvelle de sa mort m’a littéralement scié les jambes. Mais, à Dieu nous appartenons, à Dieu nous retournons », a conclu TBM. « Le destin de Makoro Camara se confond avec l’histoire même de la liberté de presse dans notre pays. Elle fut l’une de ces pionnières qui, au lendemain des événements de mars 1991, ont compris que la démocratie ne saurait s’épanouir sans une presse libre, plurielle et courageuse », a souligné Dr Choguel Kokalla Maïga, ancien Premier ministre de transition. « En fondant le journal Kabako, elle n’a pas seulement créé un organe de presse ; elle a ouvert une fenêtre sur les réalités sociales du Mali profond, donnant une voix aux faits divers qui sont, en vérité, les battements de cœur de notre nation », a-t-il indiqué.

Dr Choguel Kokalla Maïga, ancien Premier ministre du Mali
Pour Choguel Kokalla Maïga, la trajectoire de la défunte est celle d’une résilience exemplaire. « Mme Diaby Makoro Camara était bien plus qu’une patronne de presse. Elle était une bâtisseuse d’institutions. De la radio Oxygène à Mousso TV, en passant par Hippo Imprimerie et le journal Wassa, elle a créé des ponts entre l’information et le citoyen. Elle a offert l’emploi et l’espoir à des centaines de jeunes, se comportant moins en patron qu’en Grande sœur, conseillère et protectrice », a rappelé Choguel.
Aujourd’hui, a déploré l’ancien PM, « sa plume s’est posée et son micro s’est éteint, mais l’écho de son œuvre résonne encore dans chaque salle de rédaction de notre pays et d’ailleurs. Elle nous laisse l’héritage d’une presse qui ne recule pas, d’une femme qui n’abdique jamais ». Et de conclure en rappelant que « Makoro a mené le bon combat avec dignité. Elle a couru sa course avec honneur. Aujourd’hui, alors qu’elle rejoint sa dernière demeure, je voudrais que son nom reste à jamais gravé au panthéon des bâtisseurs du Mali contemporain ».
Moussa Bolly (synthèse)
HOMMAGE
POUR TIEGOUM BOUBEYE MAÏGA, JOURNALISTE
Mahamane Hamèye Cissé n’a pas vécu inutile
En l’espace de quelques jours, deux baobabs de la presse malienne, deux icônes des médias indépendants du pays, ont tiré leur révérence. Il s’agit de Mme Diaby Makoro Camara (entrepreneure de presse avec le journal Kabako, la télé privée Mousso TV et la radio Oxygène), décédée le 6 avril 2026, et le doyen Mahamane Hamèye Cissé (promoteur du journal satyrique Le Scorpion) brutalement arraché à notre affection jeudi dernier (9 avril 2026). Nous proposons ici l’hommage rendu à Hamèye par Tiégoum Boubèye Maïga, journaliste/chroniqueur politique indépendant.
Heureusement qu’il y a eu des témoignages avant moi. Heureusement qu’il y a eu l’expression de beaucoup de sincérité avant moi. Sinon mon témoignage aurait été suspecté de complaisance au regard de mes liens avec Cissé. Cissé est d’abord un frère. Nous sommes de la même famille et nous avons grandi ensemble à Gao. Cissé est ensuite devenu mon beau-frère. Il a épousé ma petite sœur, ma jeune sœur. Cissé est, enfin, un confrère. Quelle que soit la facette que je privilégierais, il y a de la matière, il y a à dire et à redire.

Promoteur du journal satyrique Le Scorpion, Mahamane Hamèye Cissé a été brutalement arraché à notre affection le 9 avril 2026
Tous les témoignages se rejoignent, unanimement : Cissé était quelqu’un de bien, Cissé était entier, Cissé était humble, Cissé était disponible, Cissé était le Cissé de tout le monde, il était le Cissé pour tout un chacun. Parler de Cissé ressemble à une gageure. Mais puisqu’il faut parler, allons-y.
Je me rappelle, comme si c’était hier, de ce jour du mois de 1991, il débarque à la maison et me tend des papiers : « Algayta, c’est toi le journaliste. J’ai décidé de créer un journal. Jette un œil sur les articles que j’ai écrits et corrige les ». On peut difficilement faire plus humble. Et depuis, ce fut un rituel. Quand, pris par les contraintes de temps, il lui était « compliqué » de me solliciter, il tenait à ce que je donne mon avis sur le journal imprimé.
Venu à la presse par passion, Cissé n’a pas choisi le chemin le plus facile dans la mesure où il a décidé de faire un journal satirique, « Le Scorpion » ! Mais l’amour de Cissé pour la presse va au-delà de son seul journal. Il s’est investi pour connaître la législation et la réglementation. Non seulement il connaissait les textes, mais il les a faits. Il n’existe aucun texte sur la presse, au Mali et ailleurs, qui ne porte son empreinte. Il était recherché. Il était invité partout, chacun le voulant dans son séminaire, dans ses formations, dans ses panels.
Cissé était d’une disponibilité proverbiale. Quand il s’agit de la presse, il est capable de pousser son engagement jusqu’à ôter sa chemise pour se mettre à l’aise et mieux rédiger. Il s’entendait avec tout le monde, cadets comme aînés. Il avait toujours cette soif d’apprendre et de partager. D’où la facilité pour lui de jouer les casques bleus. Quand les situations deviennent tendues, c’est sur lui qu’on compte pour désamorcer la bombe et déminer complètement le terrain.

Tiégoum Boubeye Maïga, journaliste et chroniqueur politique
Cissé est parti répondre à l’appel de Dieu. Nous ne le verrons plus avec son chapeau et sa canne. Nous ne le pleurons pas. Il mérite d’être célébré. Il mérite le Janjo, lui le grand amateur de la musique mandingue. J’ai une pensée très émue pour Sadou Yattara, son compagnon de tous les jours et de tous les moments.
Puisqu’il faut terminer, je vais émettre un souhait : que la Maison de la presse porte le nom de Mahamane Hamèye Cissé. Il n’a pas vécu inutile !
TBM
diasporaction.com

