Les relations entre le Mali et le Maroc connaissent un nouvel élan, illustré ces dernières semaines par une multiplication des échanges institutionnels et des missions de haut niveau. Entre avril et mai 2026, plusieurs délégations marocaines ont effectué des visites à Bamako, témoignant de la vitalité d’un partenariat qui s’appuie sur des liens historiques, culturels, religieux et économiques séculaires.
Une coopération renforcée dans des secteurs stratégiques
Au cours des deux derniers mois, la capitale malienne a accueilli des représentants de plusieurs institutions marocaines, notamment du ministère de la Santé, de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), de l’Office chérifien des phosphates (OCP), de l’Agence marocaine pour l’énergie durable (MASEN), de l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI) ainsi que de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT).
Ces différentes missions ont permis d’approfondir les échanges avec les autorités maliennes sur des domaines considérés comme prioritaires pour le développement du pays : santé, agriculture, énergie, électricité, énergies renouvelables, enseignement et formation professionnelle.
Pour plusieurs observateurs, cette intensification des contacts illustre la solidité d’une coopération Sud-Sud fondée sur la confiance mutuelle et la convergence des intérêts de développement.
Une présence économique marocaine de plus en plus importante
Le Maroc figure aujourd’hui parmi les principaux partenaires économiques du Mali. Dans le secteur bancaire, les établissements marocains occupent une place de premier plan à travers les filiales d’Attijariwafa Bank, de la BMCE Bank et de la Banque Populaire, qui représentent une part significative du marché financier malien.
Cette présence s’étend également aux télécommunications avec Moov Africa Malitel, filiale de Maroc Telecom, ainsi qu’à l’industrie cimentière grâce aux investissements du groupe Ciments de l’Afrique.
Cette dynamique économique s’inscrit dans la continuité des visites effectuées à Bamako par le Roi Mohammed VI en 2013 et 2014, lesquelles avaient permis la signature de nombreux accords de coopération dans plusieurs secteurs stratégiques.
La coopération religieuse au cœur du partenariat
L’un des piliers majeurs de la relation entre les deux pays demeure la coopération religieuse. Le Mali est le seul État à avoir signé à trois reprises avec le Maroc des accords portant sur la formation des imams au sein de l’Institut Mohammed VI de formation des imams, morchidines et morchidates de Rabat.
Depuis 2014, près de 800 imams maliens y ont été formés, tandis que plusieurs centaines d’autres poursuivent actuellement leur formation. Cette initiative vise à promouvoir un islam fondé sur la modération, la tolérance et le vivre-ensemble, dans un contexte régional marqué par les défis liés à l’extrémisme violent.
L’Initiative Atlantique, une réponse aux défis de l’enclavement
La coopération entre les deux pays prend également une dimension géostratégique à travers l’Initiative Atlantique lancée par le Maroc en faveur des pays du Sahel.
Présentée au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad, cette initiative ambitionne de faciliter l’accès de ces États enclavés à l’océan Atlantique grâce notamment au développement de corridors logistiques reliés au port de Dakhla.
Pour le Mali, confronté à des défis sécuritaires et logistiques majeurs, ce projet représente une opportunité importante de diversification des voies d’approvisionnement et d’intégration économique régionale.
Un tournant diplomatique majeur
Le 10 avril 2026 a marqué une étape importante dans les relations entre Rabat et Bamako avec la décision du Mali de retirer sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), qu’il reconnaissait depuis près de 46 ans.
Cette évolution diplomatique a été suivie de plusieurs annonces marocaines visant à renforcer davantage les liens bilatéraux. Parmi elles figurent l’augmentation du nombre de bourses accordées aux étudiants maliens, passant de 200 à 300 par an, ainsi que la suspension de l’Autorisation électronique de voyage au Maroc pour les ressortissants maliens.
La tenue prochaine, à Bamako, de la quatrième session de la Commission mixte Mali-Maroc devrait également contribuer à consolider davantage ce partenariat stratégique.
Huit siècles de relations entre le Maroc et le Mali
Au-delà des enjeux contemporains, les liens entre les deux pays trouvent leurs racines dans une histoire commune vieille de plusieurs siècles.
Dès le Moyen Âge, les grandes routes caravanières reliant Sijilmassa, Fès, Tombouctou, Gao et Djenné favorisaient d’intenses échanges commerciaux, culturels et spirituels entre le nord et le sud du Sahara. Ces voies transportaient non seulement l’or, le sel ou l’ivoire, mais également les savoirs, les traditions et les courants religieux.
Tombouctou, haut lieu de la civilisation islamique africaine, entretenait alors des relations étroites avec les centres intellectuels marocains. Les confréries soufies, notamment la Tijania et la Qadiriya, ont largement contribué à renforcer ces liens spirituels qui demeurent encore vivaces aujourd’hui.
Des millions de fidèles maliens restent attachés à la tradition tijane dont le centre spirituel se trouve à Fès, illustrant la profondeur des relations religieuses entre les deux peuples.
Une ambition commune tournée vers l’avenir
Si l’histoire a longtemps rapproché le Maroc et le Mali, les défis contemporains leur offrent aujourd’hui de nouvelles perspectives de coopération. Développement économique, sécurité alimentaire, énergie, formation, mobilité ou intégration régionale : les deux pays semblent déterminés à bâtir un partenariat toujours plus étroit.
À travers cette relation privilégiée, Rabat et Bamako démontrent que l’histoire peut constituer un levier puissant pour construire des réponses communes aux enjeux du présent et préparer ensemble l’avenir du continent africain.
rédaction
diasporaction.com

