Du réflexe solidaire à l’ambition de développement

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Selon de nombreux témoignages, la diaspora malienne, voire africaine, au Canada s’est illustrée en février dernier par la mise en place d’une chaîne de solidarité suite au décès d’un jeune Malien (29 ans). Arrivé au Canada, il y a presque trois ans, ce dernier a été victime d’un AVC dans le métro. Malgré une prise en charge rapide des services d’urgence, il s’est retrouvé en situation de mort cérébrale. Il a finalement rendu l’âme. Faute sans doute de moyens, sa famille avait accepté qu’il soit enterré au Canada.

Moussa Bolly, Journaliste-chroniqueur

Mais une chaîne de solidarité s’est rapidement mise en branle pour mobiliser les moyens de rapatrier le corps au Mali (7 à 8 millions de F CFA, soit environ 16.914 à 19.330 dollars canadiens) afin que sa famille puisse lui rendre un dernier hommage avant de l’accompagner à sa dernière demeure. Ce qui a été fait le 8 mars 2026. Rien de surprenant dans cette grande mobilisation. En effet, ce brusque élan de solidarité n’a pas surpris beaucoup d’observateurs car c’est loin d’être un cas isolé. C’est une mobilisation courante au sein des communautés maliennes, voire africaines, aux États-Unis, en Europe… face aux cas sociaux.

Au Mali, la générosité de la diaspora n’est pas surprenante car ce n’est pas un fait nouveau. Ils sont nombreux, ces émigrés (femmes et hommes) qui ont le plus souvent porté leurs familles d’origine à bras le corps. Sans compter que dans les régions de grande migration comme Kayes, la plupart des infrastructures sociales de base ou religieuses, voire économiques (adduction d’eau, centres de santé, maternités, mosquées, pistes d’accès) ont été réalisées grâce aux fonds collectés (cotisations notamment)  par leurs soins. La diaspora continue toujours d’assumer cette responsabilité dans le développement socio-économique, culturel… de leurs localités.

Elle (diaspora) a toujours également constitué un levier stratégique de développement en injectant des capitaux, des compétences et des réseaux technologiques dans son pays d’origine. Ses apports dépassent généralement l’aide publique au développement, soutenant la balance des paiements, la consommation des ménages et l’investissement productif. Cette précieuse contribution de la diaspora se manifeste à travers plusieurs canaux clés, notamment les transferts financiers qui, au-delà du soutien direct aux familles, financent des infrastructures de base (santé, éducation, eau) et des projets économiques, jouant un rôle vital pour la stabilité macroéconomique.

Le capital humain et le transfert de savoirs constituent aussi des parts inestimables de cette contribution. En effet, nos migrants mettent souvent leurs compétences techniques, scientifiques et managériales au service de nos États. Ce « transfert de cerveaux », selon des observateurs, renforce les capacités locales, particulièrement dans l’enseignement supérieur et les secteurs technologiques. Ces dernières années, notre diaspora est très active dans l’entrepreneuriat et les investissements, contribuant ainsi à stimuler le commerce, le tourisme et à créer des entreprises locales. Elle agit fréquemment comme un pont favorisant les Investissements directs étrangers (IDE) grâce à sa connaissance des deux marchés. La diaspora joue ainsi un rôle moteur dans les transformations démocratiques et le plaidoyer pour des réformes structurelles, en agissant notamment comme un acteur de la société civile transnationale.

Le Fonds de résilience de la diaspora  a été mis en place en soutien aux défis majeurs auxquels est confronté notre pays

Selon de nombreuses études, la diaspora joue un rôle actif dans le développement du Mali par le montant significatif des revenus qu’elle transfère et par les compétences, normes et valeurs civiques qu’elle transmet Malheureusement, malgré son potentiel inestimable, cet apport est encore sous-exploité. Cela à cause de certains obstacles persistants. À commencer par le manque de reconnaissance se traduisant généralement par l’absence de statut juridique clair pour les associations diasporiques.

Ce qui limite leur accès aux financements et leur intégration formelle dans les politiques publiques. Il est également crucial que les gouvernements réorientent les missions diplomatiques (ambassades) pour offrir aux migrants des services dédiés, notamment des conseils à l’investissement, l’assistance administrative, la facilitation de la réintégration. Pour attirer davantage de ressources, ont récemment préconisé des experts, nos pays doivent simplifier l’accès à l’entrepreneuriat, sécuriser les investissements et encourager la mobilité circulaire (faciliter les allers-retours).

Il est en tout cas souhaitable que les décideurs de nos pays élaborent des politiques et des plans visant à maximiser cet impact. Il serait judicieux de leur part de formaliser l’engagement de nos citoyens établis à l’extérieur en créant par exemple des mécanismes incitatifs facilitant l’entrepreneuriat, le transfert du savoir et du savoir-faire… Le gouvernement malien l’a visiblement compris car il fait de la mobilisation de la diaspora malienne pour le développement l’une de ses priorités pour la reconstruction et le développement du Mali aux côtés de l’aide bilatérale.

Moussa Bolly

diasporaction.com

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