Le Mali se dote d’une loi contre le trafic des migrants
Le Mali demeure un carrefour migratoire et une zone de transit majeure en Afrique de l’Ouest pour les réseaux de trafic illicite de migrants. Face à cette situation, l’État malien a durci son dispositif pénal et opérationnel pour démanteler les réseaux criminels. C’est ainsi que le Conseil national de transition (CNT) a adopté le 30 juin 2026 à l’unanimité une loi contre le trafic illicite des migrants. Ce texte vient renforcer l’arsenal juridique existant.
Le Conseil national de transition (CNT) a adopté à l’unanimité, le 30 juin 2026, une loi contre le trafic illicite de migrants avec 124 voix pour. Présentée par le ministère de la Justice, elle renforce le cadre juridique national, garantit la libre circulation et soutient l’intégration régionale et africaine. Le gouvernement de transition malien a ainsi renforcé son arsenal juridique contre l’immigration clandestine et l’exploitation des personnes en adoptant de nouveaux projets de loi cruciaux visant à punir sévèrement le trafic illicite de migrants et la traite des personnes.

Général Malick Diaw, président du CNT
Avant son adoption, ce projet de loi a été examiné par la Commission des Affaires étrangères, des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine. À l’issue de l’étude approfondie du rapport, de l’examen des amendements et des débats en séance, le texte a été adopté avec 124 voix pour, 0 contre et zéro abstention. Selon des observateurs, « cette adoption marque une étape importante dans le renforcement de l’arsenal juridique du Mali contre le trafic illicite de migrants, tout en réaffirmant son engagement en faveur de la coopération et de l’intégration africaines ».

Mamoudou Kassogué, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux du Mali
Avant cette loi, le pays faisait déjà face au fléau avec un arsenal juridique renforcé. Ainsi, des dispositions du Code pénal prévoient des peines sévères pouvant atteindre 10 ans de réclusion et de lourdes amendes en millions de FCFA pour les passeurs. La peine criminelle peut être portée jusqu’à 20 ans de réclusion si le trafic implique un enfant de moins de 15 ans. La fraude et la contrefaçon de visas, de passeports ou de documents de résidents maliens sont aussi sévèrement réprimées. L’État s’appuie sur le Comité national de coordination de la lutte contre la traite des personnes et collabore avec des partenaires internationaux comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Le Ministre Mossa Ag Attaher à Vienne, en Autriche
Le pays a aussi réaffirmé son engagement dans la lutte contre le trafic illicite de migrants lors de la douzième réunion du Groupe de travail sur le trafic illicite de migrants, organisée par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le 10 octobre 2025, à Vienne (Autriche). Dans sa déclaration à cette tribune, le ministre Mossa Ag Attaher (ministre des Maliens établis à l’extérieur et de l’Intégration africaine) a mis en avant les efforts considérables entrepris pour renforcer l’arsenal juridique et institutionnel du pays contre ce fléau. Le pays dispose depuis 2012 d’un texte de référence, la loi N°2012-023 du 12 juillet 2012, relative à la lutte contre la traite des personnes et pratiques assimilées. Ce dispositif législatif, conforme aux standards internationaux, criminalise toutes les formes de traite et de trafic illicite de migrants.
Au Mali, l’arsenal législatif contre la traite et le trafic illicite des personnes s’appuie aussi sur des institutions spécialisées pour démanteler les réseaux de passeurs. C’est le cas du Pôle judiciaire spécialisé (PJS) qui instruit les affaires de traite transnationale ; de la Brigade spécialisée d’enquête et de la Brigade de lutte contre le trafic de migrants et la traite. Elles sont chargées des investigations sur le terrain.

En février 2026, le gouvernement malien et l’OIM ont définit une feuille de route commune pour 2026
Il faut rappeler que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Mali a publié, fin mai 2021, une étude menée à l’échelle nationale sur la traite des personnes au Mali. Celle-ci a permis d’identifier les formes de traite au Mali, le profil des victimes, les modes opératoires utilisés par les exploitants, ainsi que les initiatives pour y faire face. Elle s’inscrit dans l’objectif I du Plan d’action nationale de lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées (2018-2022), visant à établir un état des lieux sur le phénomène dans le pays.
La traite des migrants, l’exploitation et le travail forcé des enfants, l’exploitation sexuelle des femmes et des jeunes filles, et l’esclavage par ascendance sont les principales formes que prend la traite des êtres humains au Mali. Le Comité national de coordination de la lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées est l’un des principaux acteurs impliqués dans la lutte contre le phénomène au Mali. Malgré les initiatives mises en place par le gouvernement et les acteurs de la société civile, très peu de données sont disponibles.

Le CNT a renforcé la législation malienne contre le trafic illicite des migrants
Dans les rencontres internationales sur la problématique de la migration, notamment sur le trafic illicite des migrants, le Mali insiste généralement sur la nécessité d’une approche globale et humaine. Et cela d’autant plus que, pour Bamako, la lutte contre le trafic illicite de migrants ne saurait être efficace sans une prévention des causes profondes de la migration irrégulière, notamment la pauvreté, le chômage des jeunes, l’insécurité et les effets du changement climatique. À travers la révision de sa Politique nationale de migration (PONAM), le renforcement de son cadre législatif et institutionnel et la consolidation de sa coopération internationale, le Mali ne cesse heureusement de réaffirmer sa détermination à combattre ce phénomène dans « le respect de la dignité humaine et de la solidarité internationale » !
Kader Toé
diasporaction.com

