Or artisanal : le Mali renforce son contrôle sur une filière stratégique

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Le Mali poursuit la réforme de son secteur minier en renforçant l’encadrement de l’exploitation artisanale de l’or. Le 30 juin 2026, le Conseil national de Transition (CNT) a adopté la loi ratifiant la création de l’Office malien des substances précieuses (OMASP), un organisme chargé de superviser la commercialisation de l’or et des autres substances précieuses.

Cette initiative s’inscrit dans la volonté des autorités de mieux contrôler une filière confrontée à des défis majeurs, notamment la contrebande, le manque de traçabilité et les importantes pertes de recettes fiscales.

Créé par ordonnance le 10 avril 2026, l’OMASP est un établissement public à caractère industriel et commercial. Son organisation a été définie par décret et Soumaïla Siby en assure la direction en qualité de Président-directeur général depuis sa nomination le 5 mai 2026.

À travers cette nouvelle structure, le gouvernement ambitionne de mieux organiser la commercialisation de l’or issu de l’orpaillage artisanal et des petites exploitations minières. L’objectif est de renforcer le contrôle des flux, d’améliorer la transparence des transactions et de réduire les écarts constatés entre les quantités officiellement déclarées au Mali et celles enregistrées dans les pays importateurs.

Ces écarts sont particulièrement préoccupants. Selon l’organisation SWISSAID, plus de 300 tonnes d’or artisanal auraient échappé aux déclarations officielles entre 2012 et 2022, pour une valeur estimée à près de 13,5 milliards de dollars. L’organisation estime également que plus de 634 tonnes d’or auraient été exportées illicitement vers les Émirats arabes unis sur la période 2013-2022, privant potentiellement l’État malien de plusieurs centaines de millions de dollars de recettes fiscales.

Le phénomène dépasse largement les frontières maliennes. À l’échelle du continent africain, SWISSAID évalue entre 321 et 474 tonnes la production annuelle d’or artisanal non déclarée. En 2022, au moins 435 tonnes auraient quitté illégalement l’Afrique, principalement à destination des grands centres internationaux de négoce, notamment les Émirats arabes unis, la Suisse et l’Inde.

Au Mali, où l’or constitue la principale source de recettes d’exportation, les enjeux sont considérables. Le secteur industriel a connu un recul de près de 23 % de sa production en 2025, notamment en raison des difficultés rencontrées sur le complexe minier de Loulo-Gounkoto. Parallèlement, les autorités cherchent à accroître les revenus tirés de l’exploitation minière grâce au nouveau Code minier, à la révision des partenariats avec les sociétés minières et à un meilleur contrôle des circuits de commercialisation.

L’orpaillage artisanal représente également un levier économique majeur. Des milliers d’orpailleurs, de transporteurs, de commerçants, d’intermédiaires et de familles en dépendent, particulièrement dans les régions de Kayes, Sikasso, Koulikoro ainsi que dans plusieurs localités du sud et de l’ouest du pays. Toutefois, cette activité demeure largement informelle, avec une faible fiscalisation, des circuits commerciaux peu contrôlés, des conditions de travail souvent précaires et des impacts environnementaux liés notamment à l’utilisation de substances chimiques.

La mise en place de l’OMASP constitue ainsi une étape importante dans la restructuration de cette filière. Son succès dépendra toutefois de sa capacité à convaincre les acteurs de rejoindre les circuits officiels. Pour limiter la contrebande, l’État devra proposer des mécanismes attractifs, garantir des prix compétitifs, simplifier les procédures administratives, sécuriser les sites d’exploitation, accompagner les coopératives minières et mettre en place une fiscalité adaptée.

La question de la transparence sera également essentielle. La publication régulière des volumes achetés, des prix pratiqués, des exportations réalisées et des recettes générées permettra d’évaluer l’efficacité du dispositif et de renforcer la confiance des acteurs du secteur.

Au-delà du contrôle administratif, l’ambition des autorités est de transformer une filière encore largement informelle en un véritable moteur de développement économique. Le défi consiste désormais à faire de l’or artisanal une ressource mieux organisée, mieux valorisée et davantage bénéfique pour les finances publiques comme pour les populations qui en vivent.

rédaction

diasporaction.com

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