Mali-Algérie : après une décennie de tensions, Bamako et Alger amorcent un nouveau départ
Dix ans après la dernière visite d’un Premier ministre algérien au Mali, Sifi Ghrieb a effectué, lundi 14 septembre 2026, une visite officielle à Bamako. Entre messages présidentiels, gestes de fraternité et discussions économiques, ce déplacement marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre les deux pays, après une période de fortes tensions diplomatiques.
La capitale malienne a vécu, lundi, une journée placée sous le signe de la diplomatie et du rapprochement avec Alger. Arrivé dans la matinée à l’Aéroport international Président Modibo Keïta, à la tête d’une importante délégation, le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb a répondu à l’invitation de son homologue malien, le général de division Abdoulaye Maïga.
Au programme : accueil officiel, entretiens bilatéraux et séance de travail élargie aux délégations des deux pays. Une séquence diplomatique particulièrement suivie, compte tenu du contexte des derniers mois.
D’Alger à Bamako, la dynamique du rapprochement
La visite de Sifi Ghrieb s’inscrit directement dans le prolongement du déplacement effectué par Abdoulaye Maïga à Alger, le 24 août dernier.
À cette occasion, le Premier ministre malien avait été porteur d’un message du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, à son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune.
Trois semaines plus tard, le chef du gouvernement algérien effectuait à son tour le déplacement à Bamako, répondant ainsi à l’invitation malienne.
Cette succession de visites traduit, selon les deux parties, une volonté politique de tourner la page des tensions et de relancer les relations bilatérales sur de nouvelles bases.
La portée symbolique du déplacement est d’autant plus forte qu’aucun Premier ministre algérien ne s’était rendu au Mali depuis 2016, date de la visite d’Abdelmalek Sellal.
Dix ans après, le retour d’un chef du gouvernement algérien à Bamako constitue donc un signal diplomatique majeur.
La fraternité au cœur des discours
À l’ouverture de leur séance de travail, Sifi Ghrieb et Abdoulaye Maïga ont affiché une volonté commune de renouer avec le langage de la fraternité et du bon voisinage.
Le Premier ministre algérien a transmis les salutations du président Abdelmadjid Tebboune et ses vœux de paix et de prospérité au peuple malien.
De son côté, Abdoulaye Maïga a réservé à son homologue un accueil qualifié de « cordial et chaleureux ».
Les deux responsables ont rappelé les liens historiques entre les deux peuples, notamment leur passé commun marqué par les luttes pour l’indépendance et les relations de solidarité construites au fil des décennies.
Au-delà du symbole, Bamako et Alger veulent désormais donner une dimension concrète à ce rapprochement. Les deux gouvernements affichent une ambition commune : contribuer à l’émergence d’un environnement régional plus stable, plus sûr et davantage tourné vers le développement.
Un message de Tebboune à Assimi Goïta
La visite de Sifi Ghrieb comportait également une dimension présidentielle.
Le Premier ministre algérien était porteur d’un message personnel du président Abdelmadjid Tebboune à l’attention du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta.
Les deux responsables se sont entretenus au cours du séjour du chef du gouvernement algérien à Bamako.
Ce geste constitue l’un des éléments les plus significatifs de la nouvelle séquence diplomatique engagée entre les deux capitales.
Le Mali mise sur la carte économique
Au-delà des considérations diplomatiques, Bamako a profité de cette rencontre pour mettre en avant ses potentialités économiques et présenter à la délégation algérienne plusieurs secteurs susceptibles d’accueillir de nouveaux investissements.
Le directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements (API) a notamment présenté les opportunités dans des domaines tels que l’or, le lithium, le riz, le coton, les services financiers, l’élevage et les agro-industries.
L’Agence pour la promotion des exportations (Apex) a, pour sa part, mis en avant plusieurs produits maliens à fort potentiel, notamment la mangue, le sésame et l’anacarde.
Cette séquence économique traduit une volonté de faire de la relance diplomatique un levier pour renforcer les échanges commerciaux et les investissements entre les deux pays.
Transports, énergie et enseignement supérieur au menu
Plusieurs dossiers structurants ont également été évoqués au cours de la séance de travail.
La route transsaharienne et la desserte du Mali par Air Algérie ont notamment été abordées avec le ministre malien des Transports et des Infrastructures.
Le secteur énergétique figurait également parmi les priorités, dans un contexte marqué par les besoins importants du Mali en matière de production et d’approvisionnement en électricité.
La coopération universitaire n’a pas été oubliée. Le ministre malien de l’Enseignement supérieur a plaidé pour un renforcement des programmes de recherche et de coopération, notamment au bénéfice des étudiants maliens boursiers en Algérie.
Face à l’ampleur des dossiers identifiés, Sifi Ghrieb a proposé la mise en place d’équipes thématiques chargées d’approfondir les différents axes de coopération.
Alger s’est également déclarée disponible pour relancer la Grande Commission mixte de coopération algéro-malienne, un mécanisme destiné à donner davantage de contenu aux relations bilatérales.
Vers une visite d’Assimi Goïta à Alger
La prochaine étape du rapprochement se dessine déjà.
Les deux Premiers ministres se sont accordés sur les modalités de préparation de la prochaine visite du président de la Transition malienne, Assimi Goïta, en Algérie.
Ce déplacement devrait permettre aux deux chefs d’État de se saisir des conclusions des discussions engagées à Bamako et d’examiner une feuille de route commune pour la coopération entre les deux pays.
Après plusieurs mois de tensions, Bamako et Alger semblent donc avoir choisi la voie du dialogue et de la relance de la coopération.
La visite de Sifi Ghrieb constitue un signal politique fort. Mais au-delà des gestes diplomatiques et des déclarations fraternelles, l’enjeu sera désormais de transformer cette nouvelle dynamique en accords concrets, investissements, échanges commerciaux et coopération durable.
De la réconciliation diplomatique à la relance économique, le prochain rendez-vous à Alger pourrait être décisif pour donner un contenu durable au nouveau chapitre des relations Mali-Algérie.
rédaction
diasporaction.com

