Le Mali prévoit des besoins de financement cumulés de 6 369,8 milliards de FCFA sur la période 2027-2029. Pour mobiliser ces ressources, le gouvernement mise sur une stratégie d’endettement public destinée à réduire les coûts d’emprunt, à limiter les risques financiers et à allonger les échéances de remboursement de la dette intérieure.
Le ministère de l’Économie et des Finances a dévoilé la Stratégie d’endettement public à moyen terme (SDMT) pour la période 2027-2029. Ce document prévoit des besoins de financement estimés à 1 858,5 milliards de FCFA en 2027, 2 044,1 milliards en 2028 et 2 467,2 milliards en 2029, soit un total de 6 369,8 milliards de FCFA sur trois ans.
Selon les autorités, cette stratégie vise à couvrir les besoins financiers de l’État au moindre coût, tout en maintenant les risques liés à l’endettement à un niveau soutenable. Elle s’inscrit dans les orientations nationales de développement, notamment la Vision Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma et la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (SNEDD) 2024-2033, qui ambitionne notamment une croissance économique annuelle d’au moins 10 % à long terme.
La stratégie porte exclusivement sur la dette de l’administration centrale. À la fin de l’année 2026, l’encours de la dette publique est projeté à 7 447 milliards de FCFA, soit 38,8 % du produit intérieur brut (PIB). Ce ratio reste inférieur au plafond communautaire de 70 % fixé dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
La dette intérieure, principale source de vulnérabilité
La structure de la dette publique malienne demeure dominée par les emprunts contractés sur le marché intérieur. Ceux-ci représentent 58,7 % de l’encours total, soit 4 372,4 milliards de FCFA, contre 3 074,8 milliards pour la dette extérieure, correspondant à 41,3 %.
Le taux d’intérêt moyen pondéré de l’ensemble de la dette est estimé à 3,7 %. Toutefois, les conditions de financement varient sensiblement selon les sources. Le taux moyen de la dette intérieure atteint 5,7 %, tandis que celui de la dette extérieure s’établit à 0,9 %.
Cette différence souligne le poids financier plus élevé des emprunts contractés sur le marché intérieur. Si les risques liés aux taux d’intérêt et aux fluctuations de change sont jugés relativement maîtrisés, le refinancement constitue la principale vulnérabilité identifiée par les autorités.
En effet, la durée moyenne de remboursement de la dette intérieure est estimée à 3,2 ans. Cette maturité relativement courte oblige l’État à renouveler régulièrement ses emprunts, ce qui peut accentuer la pression sur le budget et exposer les finances publiques à des tensions sur le marché financier régional.
La stratégie S4 privilégiée pour maîtriser les risques
Pour répondre aux besoins de financement prévus sur la période 2027-2029, quatre scénarios ont été étudiés. Le gouvernement a retenu la stratégie S4, fondée sur une recherche d’équilibre entre le coût de l’endettement et les risques financiers.
Cette option privilégie notamment l’émission de titres publics à plus longue échéance, en particulier ceux dont la maturité est égale ou supérieure à cinq ans. Elle prévoit également un renforcement des financements provenant de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et du Fonds monétaire international (FMI), ainsi qu’un recours accru aux financements extérieurs concessionnels et semi-concessionnels.
L’objectif est de réduire la concentration des remboursements à court terme et d’améliorer la prévisibilité de la gestion budgétaire. Selon les projections présentées dans la stratégie, la durée moyenne de maturité de la dette intérieure devrait ainsi passer de 3,2 ans actuellement à 4,1 ans à l’horizon 2029.
Cette évolution permettrait de mieux répartir les échéances de remboursement et de réduire les besoins fréquents de refinancement. Sa concrétisation dépendra néanmoins des conditions d’accès aux ressources, de la capacité de mobilisation des financements et de la maîtrise des engagements publics.
Financer le développement tout en préservant la soutenabilité de la dette
Au-delà de la mobilisation des ressources, la réussite de la SDMT 2027-2029 reposera sur la qualité des dépenses financées et la capacité de l’État à maintenir l’équilibre de ses finances publiques.
La sélection des projets d’investissement devra notamment privilégier les initiatives présentant des retombées économiques et sociales significatives, susceptibles de soutenir la croissance et de renforcer les capacités productives du pays.
Pour les autorités maliennes, le défi consiste donc à financer les priorités nationales de développement sans compromettre la soutenabilité de la dette publique. L’enjeu sera de concilier les besoins de financement de l’économie, la maîtrise des coûts d’emprunt et la préservation des marges budgétaires de l’État.
rédaction
diasporaction.com

