Inflation du quotidien : quand les ménages atteignent les limites de l’action publique

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La progression continue des prix des produits essentiels apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux facteurs de fragilisation des ménages. Derrière les efforts d’adaptation permanents des citoyens, l’insuffisance de mécanismes publics de stabilisation révèle une difficulté persistante de l’État à anticiper et à corriger les déséquilibres du marché.

La vie chère n’est plus vécue comme une succession de crises passagères, mais comme une situation durable qui touche l’ensemble des catégories sociales. Produits alimentaires, aliments pour bétail, céréales, transports et biens de première nécessité enregistrent des augmentations répétées, sans qu’un cadre de régulation clair et lisible ne soit réellement perceptible.

À Bamako, par exemple, le sac de 50 kg d’aliments pour bétail se vend désormais entre 9 000 et 16 000 FCFA selon les périodes et les lieux de vente. Un niveau de prix qui met en difficulté les ménages engagés dans l’élevage urbain de subsistance. Cette pratique, tolérée mais faiblement encadrée, met en lumière les limites de l’intervention publique dans l’économie du quotidien.

Cette situation ne saurait être expliquée uniquement par des facteurs conjoncturels. Elle s’inscrit dans une dépendance structurelle aux importations, notamment en intrants agricoles et d’élevage, aggravée par la hausse des coûts de transport, l’insécurité sur certains axes logistiques et la faiblesse de la production nationale. À cela s’ajoute une spéculation diffuse, difficile à mesurer en l’absence de données publiques régulières et accessibles. L’inexistence d’un observatoire national des prix réellement opérationnel prive ainsi les pouvoirs publics d’un outil essentiel d’analyse, d’anticipation et de décision.

Face à cette réalité, les ménages développent des stratégies d’ajustement qui, paradoxalement, contribuent à rendre la crise moins visible. Réduction des quantités consommées, poursuite d’activités peu ou pas rentables par nécessité sociale ou attachement culturel, recours à des circuits informels d’approvisionnement : ces pratiques traduisent moins une véritable résilience qu’un transfert silencieux du coût de la crise vers les citoyens. Dans le cas de l’élevage urbain, beaucoup reconnaissent que les dépenses liées à l’alimentation et aux soins dépassent souvent les revenus espérés, sans pour autant abandonner cette activité.

De son côté, l’État peine à apporter des réponses cohérentes et durables. Les instruments classiques de régulation des prix – stocks stratégiques, subventions ciblées, soutien à la production locale – demeurent limités, fragmentaires ou ponctuels. Les dispositifs de protection sociale, bien que renforcés ces dernières années, ne couvrent qu’une partie des populations vulnérables et répondent insuffisamment aux effets spécifiques de la hausse des intrants. Cette situation donne l’image d’une action publique davantage réactive que préventive.

Ce constat contraste fortement avec les ambitions affichées dans les discours officiels et les documents budgétaires, qui mettent en avant des projets structurants et des objectifs de relance économique. Entre ces orientations macroéconomiques et la réalité vécue sur les marchés locaux, le décalage reste significatif. La cherté de la vie est ainsi souvent traitée comme un simple symptôme, plutôt que comme un véritable enjeu de gouvernance économique.

Pourtant, des expériences menées ailleurs montrent que des mesures relativement accessibles peuvent produire des effets concrets : transparence des prix, soutien ciblé aux intrants locaux, dispositifs de stockage régulateur ou encore information régulière des consommateurs. Ces leviers ne suppriment pas les chocs, mais permettent d’en atténuer l’impact et de restaurer un minimum de confiance entre l’État et les citoyens.

À défaut d’une telle approche, la vie chère risque de s’imposer durablement comme une norme sociale, avec des conséquences directes sur la sécurité alimentaire, la cohésion sociale et la crédibilité de l’action publique. La question dépasse désormais celle des prix pour interroger la capacité de l’État à assumer pleinement son rôle de régulateur dans une économie exposée à des chocs multiples. Tant que cette fonction restera inachevée, ce sont les ménages qui continueront à supporter, seuls, le poids de l’inaction.

rédaction

diasporaction.fr

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