Tribune/ De la diaspora des transferts à la diaspora de l’épargne et de l’investissement : construire un nouveau pacte économique pour le Mali

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Par Harouna Niang
Économiste – Ancien ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion des Investissements du Mali

Introduction

À quelques jours de la tenue du Forum de la diaspora malienne, il est utile de dépasser une question qui revient régulièrement dans le débat public : comment encourager davantage la diaspora à investir au Mali ?

Cette interrogation est légitime, mais elle ne touche pas encore le véritable enjeu.

La question centrale devrait plutôt être la suivante : comment aider les Maliens établis à l’étranger à constituer une épargne durable au Mali afin de sécuriser leur avenir et celui de leurs familles, tout en créant les conditions permettant qu’une partie croissante de cette épargne soit investie de manière rentable dans le développement économique du pays ?

Cette nuance est fondamentale. Car un investissement durable est presque toujours précédé par une capacité d’épargne. Une politique publique qui ne s’intéresse qu’à l’investissement sans s’interroger sur les conditions de constitution de cette épargne risque de produire des résultats limités.

Le véritable défi consiste donc à créer un environnement dans lequel chaque Malien vivant à l’étranger trouve un intérêt personnel à épargner au Mali avant d’y investir. Plus cette épargne sera importante, stable et bien rémunérée, plus elle pourra financer des investissements créateurs de richesses, d’emplois et de croissance.

Autrement dit, il ne s’agit pas de demander à la diaspora de choisir entre son intérêt personnel et l’intérêt national. Il s’agit de construire un système où les deux convergent naturellement. En aidant chaque Malien de l’extérieur à constituer progressivement un patrimoine solide, le Mali se dote simultanément d’une nouvelle source de financement de son développement.

Les transferts des Maliens vivant à l’étranger constituent déjà une contribution remarquable à l’économie nationale. Selon les estimations de la Banque mondiale, ils ont atteint environ 1,07 milliard de dollars américains en 2024, soit plus de 600 milliards de francs CFA, représentant près de 4 % du produit intérieur brut. Ces statistiques officielles ne prennent pas entièrement en compte les transferts effectués par les circuits informels, encore largement utilisés. Le Ministère des Maliens Établit à l’Etranger estime les montants en 2025 à plus de 1milliards de Fcfa.

À l’échelle mondiale, les transferts des migrants vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont dépassé 685 milliards de dollars en 2024, un montant supérieur à l’aide publique au développement et, dans plusieurs régions, aux investissements directs étrangers. Cette évolution confirme que les diasporas sont devenues des acteurs majeurs du financement du développement.

Le Mali bénéficie pleinement de cette solidarité. Ces ressources permettent à des centaines de milliers de familles de financer l’alimentation, les soins de santé, l’éducation des enfants, le logement et de nombreuses dépenses sociales.

Cependant, une grande partie de ces ressources est immédiatement consommée, tandis qu’une fraction relativement limitée est transformée en épargne financière ou en investissements productifs.

Pourtant, plusieurs pays ont démontré qu’une autre trajectoire est possible.

L’Inde a développé des produits bancaires spécifiques pour ses ressortissants vivant à l’étranger. Israël a mobilisé plusieurs milliards de dollars grâce à des obligations destinées à sa diaspora. Le Maroc a progressivement construit un environnement financier favorisant l’épargne et l’investissement de ses ressortissants résidant à l’étranger. Ces expériences montrent qu’il ne suffit pas d’inviter la diaspora à investir ; il faut lui offrir des instruments adaptés, des institutions crédibles et un climat de confiance durable.

Le Mali possède lui aussi des atouts considérables : une diaspora fortement attachée à son pays, un potentiel important dans les secteurs agricole, minier, énergétique, industriel, numérique, touristique et des services, ainsi qu’un marché régional de plus de 140 millions de consommateurs au sein de l’UEMOA.

Mais ces opportunités ne produiront pleinement leurs effets que si elles s’inscrivent dans un véritable écosystème national de l’épargne et de l’investissement, où chaque acteur assume pleinement son rôle.

L’État doit garantir un environnement juridique stable, une fiscalité lisible et un climat des affaires favorable. Les banques doivent proposer des produits d’épargne attractifs, des services numériques performants, des coûts de transfert compétitifs et un accompagnement adapté aux besoins de la diaspora. Les compagnies d’assurance doivent contribuer à sécuriser les personnes, les patrimoines et les investissements. Les opérateurs de transfert et les fintech doivent réduire les coûts et faciliter les transactions. Les organisations de la diaspora doivent renforcer l’information, l’accompagnement et la mobilisation des investisseurs.

Les Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI) devront également occuper une place stratégique dans cet écosystème. Si, à terme, le marché financier régional et la BRVM ont vocation à devenir des instruments majeurs de mobilisation de l’épargne de la diaspora, la réalité actuelle impose une approche progressive. Le nombre encore limité d’entreprises maliennes cotées ne permet pas aujourd’hui d’offrir une diversité suffisante de placements.

Une phase de transition apparaît donc nécessaire. Durant cette période, les SGI pourront jouer un rôle élargi en accompagnant directement les entreprises maliennes dans leur structuration financière, en mettant en relation les investisseurs nationaux, la diaspora et les investisseurs étrangers, en organisant des levées de fonds privées, en créant des fonds d’investissement sectoriels et en préparant progressivement les entreprises qui le pourront à accéder ultérieurement au marché financier régional. Elles deviendront ainsi le trait d’union entre l’épargne disponible et les besoins de financement de l’économie réelle.

Le véritable défi n’est donc pas seulement de mobiliser davantage de ressources financières. Il consiste à construire une chaîne complète de confiance permettant au Malien établi à l’étranger d’épargner dans de bonnes conditions au Mali, grâce notamment à des coûts de transfert réduits, une rémunération plus attractive de son épargne, des services financiers modernes accessibles à distance et une protection efficace de ses intérêts. Cette épargne pourra ensuite faire fructifier progressivement son patrimoine personnel avant d’être orientée, en toute sécurité et selon des mécanismes transparents, vers des investissements productifs créateurs de richesses, d’emplois et de prospérité.

C’est cette vision qu’il conviendrait de placer au cœur du Forum de la diaspora. Au-delà des annonces et des intentions, l’enjeu est désormais de bâtir un nouveau pacte économique entre le Mali et sa diaspora, fondé sur la confiance, l’épargne, l’investissement, la création de patrimoine et une prospérité durablement partagée.

HN/ Bamako le 14 juillet 2026

diasporaction.com

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