France Médias Monde ou l’info bancale

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Le traitement de l’actualité malienne, sahélienne sur les antennes de l’audiovisuel public français — France 24, TV5, RFI et France Télévisions — semble avoir troqué la rigueur journalistique contre une posture de procureur permanent. Sous couvert d’analyse, ces médias distillent une narration unidirectionnelle où la complexité de la crise sahélienne est systématiquement réduite à un affrontement binaire. En agissant comme le bras armé informationnel de la diplomatie française, ils transforment l’information en un outil d’influence, quitte à sacrifier l’impartialité sur l’autel des intérêts stratégiques de l’Élysée, la rigueur journalistique au travers du langage diplomatique du Quai d’Orsay.Cette « info bancale » repose sur un mécanisme de sélection chirurgicale des faits. On y hypertrophie les revers de la transition malienne tout en passant sous silence les aspirations de la société civile locale qui ne cadrent pas avec le récit occidental. Les termes sont choisis pour disqualifier d’office : là où l’on parlait de « partenaires » hier, on ne parle plus que de « junte » ou de « mercenaires », utilisant un lexique chargé d’émotions pour orienter l’opinion. Ce biais de cadrage empêche toute compréhension réelle des dynamiques de souveraineté qui secouent Bamako, préférant le confort d’un paternalisme éditorial désuet.Le plus alarmant reste l’effet de résonance que produit ce contenu financé par l’État. En raison de la puissance de frappe de France Médias Monde, ces récits partisans sont repris sans aucune distance critique par une multitude de médias secondaires, tant en France qu’en Afrique francophone. Cette reprise en boucle crée une illusion de consensus médiatique alors qu’il ne s’agit que de la répétition d’une même source originelle biaisée. L’absence de vérification croisée ou de confrontation avec des perspectives locales indépendantes transforme une analyse contestable en une « vérité » médiatique globale.Le manque de pluralisme est flagrant : les plateaux de ces chaînes sont devenus des chambres d’écho où se succèdent des experts dont la pensée ne dévie jamais de la ligne officielle du Quai d’Orsay. En écartant systématiquement les voix dissidentes ou les chercheurs proposant une lecture alternative des enjeux de sécurité et de coopération, ces médias trahissent leur mission de service public. On n’informe plus, on militarise le récit pour justifier un dépit diplomatique, oubliant que le rôle du journaliste est de documenter le réel, pas de venger l’honneur d’une politique étrangère en échec.En définitive, cette dérive éditoriale fragilise la crédibilité même de la presse française à l’international. En se comportant comme des organes de propagande feutrés, RFI et France 24 alimentent le sentiment de rejet qu’ils prétendent analyser. En ne proposant qu’une vision tronquée et partiale du Mali, ils condamnent leurs auditeurs à l’incompréhension et participent à la construction d’un mur d’incompréhension entre Paris et Bamako. Il est temps que l’info cesse d’être bancale pour redevenir un terrain de débat, et non un champ de bataille idéologique.

*Oussouf Diagola**Journaliste*

www.diasporaction.com

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