Comptabilité, audit et entreprises cotées : la révolution silencieuse que le Mali doit engager

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L’Afrique parle beaucoup d’industrialisation, de souveraineté économique, de transformation locale et de mobilisation de l’épargne. Mais elle parle encore trop peu d’un levier fondamental : la qualité de la comptabilité et la rigueur de l’audit.

Pourtant, il faut le dire clairement :
aucune économie moderne ne peut se développer durablement dans l’opacité.

Cette réalité apparaît avec une acuité particulière lorsqu’on observe la situation du Mali au sein de la BRVM.

Alors que cette bourse régionale compte plusieurs dizaines de sociétés cotées, le Mali y est très faiblement représenté. Cette situation n’est pas un simple retard technique. Elle révèle un problème plus profond : l’insuffisante structuration financière et organisationnelle de notre tissu entrepreneurial.

Car pour accéder à la bourse, une entreprise doit remplir des exigences précises :
• produire des états financiers fiables ;
• être auditée de manière indépendante ;
• disposer d’une gouvernance transparente ;
• inspirer confiance aux investisseurs.

Autrement dit, la bourse n’est pas un point de départ.
Elle est l’aboutissement d’un processus de crédibilisation.

Le problème est que, dans notre contexte, beaucoup d’entreprises ne disposent pas encore de ces fondations. Les comptes sont parfois incomplets, insuffisamment structurés ou peu exploitables. L’audit, lorsqu’il existe, n’est pas toujours perçu comme un outil stratégique, mais comme une contrainte administrative.

Dans ces conditions, il devient extrêmement difficile de valoriser les entreprises, d’ouvrir leur capital et d’attirer des investisseurs.

Le résultat est connu :
les entreprises restent petites, fragmentées et fortement dépendantes du crédit bancaire. Or, le crédit bancaire, par nature, finance surtout le court et le moyen terme. Il ne permet pas toujours de soutenir les investissements lourds nécessaires à l’industrialisation.

À l’inverse, les économies qui réussissent ont su construire un écosystème dans lequel :
• la comptabilité est fiable ;
• l’audit est rigoureux ;
• les entreprises sont structurées ;
• la bourse joue un rôle actif dans le financement de la croissance.

Il existe donc un lien direct entre la qualité des comptes et la capacité d’un pays à faire émerger des grandes entreprises cotées qui sont dirigées par des champions d’industrie.

Sans états financiers crédibles, il n’y a pas de confiance.
Sans confiance, il n’y a pas d’investisseurs.
Sans investisseurs, il n’y a pas de marché financier dynamique.

Le Mali doit donc engager une transformation profonde.

D’abord, en généralisant la tenue d’une comptabilité rigoureuse, notamment au niveau des PME, à travers des mécanismes adaptés comme les Centres de Gestion Agréés.

Ensuite, en renforçant la profession d’audit, en élevant les standards et en veillant à l’indépendance et à la qualité des contrôles.

Parallèlement, il est nécessaire de préparer activement les entreprises à l’ouverture du capital, en développant une culture de gouvernance moderne et de transparence.

Enfin, une stratégie nationale pourrait être mise en place pour accompagner progressivement un noyau d’entreprises vers la cotation à la BRVM.

Cette stratégie ne viserait pas seulement à augmenter le nombre d’entreprises cotées. Elle permettrait surtout :
• de mobiliser l’épargne nationale ;
• de promouvoir l’actionnariat populaire ;
• de créer des champions nationaux capables de se positionner à l’échelle régionale et internationale.

Au fond, la question est simple :
voulons-nous une économie dominée par de petites entreprises isolées, ou une économie structurée autour de groupes solides, transparents et capables de lever des capitaux ?

La réponse passe par une révolution silencieuse :
celle de la vérité des comptes et de la crédibilité financière.

Harouna Niang
Économiste / Ancien ministre

Bamako, Avril 2026

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