Gouvernance de l’Office du Niger : un revirement qui interroge

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En l’espace de trois semaines, la gouvernance de l’Office du Niger (ON), pilier stratégique de la souveraineté alimentaire du Mali, a connu un changement aussi rapide qu’inexpliqué. Une situation qui suscite de nombreuses interrogations.

Le vendredi 16 janvier 2026, le Conseil des ministres validait la nomination d’Abdoulaye Diané au poste de Président-directeur général de l’Office du Niger. Juriste de formation, ancien Consul général du Mali à Paris, président du Conseil d’administration de la Somapep-SA et présenté comme expert en développement agricole et minier, il prenait la tête de l’un des établissements publics les plus stratégiques du pays. Pourtant, il ne prendra jamais fonction.

Moins d’un mois plus tard, lors du Conseil des ministres du vendredi 6 février 2026, un nouveau décret est adopté : Samba Bocary Tounkara est nommé PDG de l’Office du Niger, en remplacement de M. Diané.

Aucune communication officielle n’a accompagné ce changement. Aucun motif n’a été avancé. Aucun communiqué explicatif n’a été publié par le ministère de tutelle. Une absence de transparence qui contraste avec l’importance stratégique de l’institution concernée.

À la différence de son prédécesseur désigné, Samba Bocary Tounkara est un spécialiste reconnu de l’aménagement hydro-agricole et de la gestion durable des ressources halieutiques, disposant d’une solide expérience au sein d’organisations internationales. Sa nomination est jugée par plusieurs observateurs du secteur agricole comme « techniquement cohérente ».

La question demeure toutefois entière : pourquoi nommer un PDG pour ensuite l’écarter avant même sa prise de fonction ? Plusieurs hypothèses circulent, sans confirmation officielle : inadéquation du premier profil avec les défis spécifiques de l’Office du Niger, arbitrages internes tardifs, ou encore pressions liées aux enjeux fonciers, agricoles et financiers de la zone ON.

Faute d’explication publique, ces suppositions restent au stade de conjectures, alimentant un climat de suspicion peu favorable à la crédibilité de l’action publique.

Créé en 1932, l’Office du Niger est l’un des plus anciens et vastes périmètres hydro-agricoles d’Afrique de l’Ouest. Alimenté par le barrage de Markala, il couvre aujourd’hui plus de 130 000 hectares aménagés et constitue le cœur de la production rizicole nationale.

Dans un contexte marqué par la pression démographique, l’insécurité, le changement climatique et la dépendance aux importations alimentaires, la stabilité et la compétence de sa gouvernance sont cruciales.

Au-delà des personnes, cette séquence interroge plus largement les pratiques de gouvernance sous la Transition. La cohérence des décisions, la transparence administrative et la prévisibilité de l’action publique sont désormais des attentes fortes, tant des citoyens que des partenaires techniques et financiers.

À l’Office du Niger comme ailleurs, la Transition est attendue non seulement sur les résultats, mais aussi sur la méthode.

rédaction

diasporaction.com

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