NOTE D’ORIENTATION STRATÉGIQUE :Le maraîchage irrigué solaire comme levier d’emploi des jeunes, de sécurité alimentaire et de résilience économique au Mali

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Introduction

Le Mali traverse une période marquée par une forte pression démographique, un chômage élevé des jeunes et une dépendance croissante aux importations alimentaires, en particulier pour les produits maraîchers consommés quotidiennement dans les centres urbains. Dans le même temps, le pays dispose d’atouts majeurs encore insuffisamment valorisés : une forte disponibilité foncière dans les zones périurbaines, une ressource en eau relativement accessible dans de nombreuses localités, un ensoleillement exceptionnel et un savoir-faire paysan ancien dans la production maraîchère.

Dans ce contexte, le développement du maraîchage irrigué adossé à l’énergie solaire apparaît comme une solution structurante, à la fois réaliste, durable et rapidement opérationnelle. Il s’agit d’un secteur capable de répondre simultanément à plusieurs priorités nationales : création d’emplois pour les jeunes, amélioration des revenus ruraux, réduction de la dépendance alimentaire, adaptation au changement climatique et promotion des énergies renouvelables.

Cette note vise à proposer une vision cohérente, pragmatique et directement opérationnelle pour orienter les jeunes vers cette filière et améliorer durablement les performances de ceux qui y sont déjà engagés.

  1. Pourquoi le maraîchage irrigué solaire constitue une filière stratégique

Le maraîchage irrigué présente plusieurs avantages décisifs dans le contexte malien.

D’abord, il s’agit d’une activité à forte intensité de main-d’œuvre, capable d’absorber rapidement une population jeune peu ou moyennement qualifiée. Contrairement à l’agriculture pluviale, il permet une production continue tout au long de l’année, y compris en saison sèche, période où les prix sont plus rémunérateurs.

Ensuite, la demande urbaine en légumes frais est structurellement croissante, portée par l’urbanisation, l’évolution des habitudes alimentaires et la croissance démographique. Bamako, à elle seule, constitue un marché permanent pour les productions maraîchères.

Enfin, l’essor des technologies solaires rend aujourd’hui possible une irrigation à coût maîtrisé, sans dépendance au carburant, ce qui améliore considérablement la rentabilité et la durabilité des exploitations.

Le maraîchage irrigué solaire se distingue ainsi comme l’une des rares activités agricoles combinant rapidité de mise en œuvre, création d’emplois locaux, rentabilité progressive et contribution directe à la souveraineté alimentaire.

  1. Une opportunité concrète pour l’emploi des jeunes

Le développement du maraîchage irrigué solaire peut constituer une réponse crédible au chômage des jeunes, à condition d’être structuré et accompagné.

Pour un jeune sans emploi, l’accès à une petite superficie de 0,25 à 1 hectare, associé à un système d’irrigation fonctionnel, permet d’engager une activité génératrice de revenus en quelques mois. Contrairement à d’autres secteurs, les cycles de production sont courts, ce qui permet un retour rapide sur investissement.

Pour les jeunes déjà actifs dans le maraîchage, le passage à l’irrigation solaire permet d’améliorer la productivité, de réduire les charges liées au carburant, de stabiliser la production et de professionnaliser l’activité. L’enjeu n’est donc pas uniquement l’accès à l’équipement, mais surtout la montée en compétence et la structuration de l’activité.

Le maraîchage irrigué peut ainsi devenir une véritable école de l’entrepreneuriat agricole, à condition que les jeunes soient accompagnés dans la gestion technique, économique et commerciale de leur exploitation.

  1. Les fondements techniques du modèle proposé

Le modèle repose sur un triptyque simple mais essentiel : l’eau, l’énergie et l’organisation.

L’accès à l’eau constitue la base du système. Dans de nombreuses zones périurbaines de Bamako et d’autres villes, la nappe phréatique est accessible à des profondeurs compatibles avec le pompage solaire. Toutefois, la disponibilité de l’eau doit être évaluée sérieusement afin d’éviter les surexploitations et les abandons de projets en saison sèche.

L’énergie solaire permet d’assurer le pompage sans recours au gasoil. Le choix de systèmes sans batterie, combinés à des réservoirs de stockage d’eau, s’avère le plus robuste et le plus économique. L’eau est pompée durant les heures d’ensoleillement et utilisée ensuite selon les besoins.

L’organisation de la production est le troisième pilier. Une irrigation efficace repose sur une bonne planification des cultures, une gestion rationnelle de l’eau, l’entretien régulier des équipements et une commercialisation bien pensée. Sans ces éléments, même les meilleures installations techniques deviennent inefficaces.

  1. Conditions de réussite et erreurs à éviter

L’expérience montre que de nombreux projets d’irrigation échouent non par manque de ressources, mais par défaut de conception ou d’accompagnement.

Parmi les principales causes d’échec figurent :
• le sous-dimensionnement des pompes par rapport à la profondeur réelle de l’eau ;
• l’absence de réservoir, rendant l’irrigation rigide et contraignante ;
• le manque de formation des bénéficiaires ;
• l’absence de suivi technique après l’installation ;
• les projets collectifs mal organisés, sans règles claires de gestion ;
• la dépendance prolongée au carburant.

À l’inverse, les projets qui réussissent sont ceux qui combinent :
• un dimensionnement réaliste des équipements ;
• une formation pratique des bénéficiaires ;
• un accompagnement technique régulier ;
• une approche progressive, adaptée aux capacités financières des jeunes.

  1. Rentabilité et viabilité économique

Contrairement à certaines idées reçues, le maraîchage irrigué peut être rentable, même à petite échelle, à condition d’être bien géré.

Sur une superficie de 0,5 à 1 hectare, un exploitant bien organisé peut générer des revenus mensuels supérieurs au salaire minimum, notamment en saison sèche. Les cultures à cycle court permettent une rotation rapide du capital, tandis que les cultures à forte valeur ajoutée offrent des marges intéressantes lorsque les marchés sont bien ciblés.

L’investissement initial, principalement constitué de la pompe solaire, des panneaux et du réseau d’irrigation, peut être amorti en deux à trois campagnes lorsque les conditions sont réunies. Le solaire permet en outre de réduire durablement les charges d’exploitation, ce qui renforce la résilience économique des producteurs.

  1. Rôle de l’État et des partenaires

Pour que le maraîchage irrigué solaire devienne un véritable levier de développement, une action publique structurée est nécessaire.

L’État et ses partenaires peuvent intervenir à plusieurs niveaux :
• facilitation de l’accès au foncier agricole sécurisé ;
• subvention partielle ou mécanismes de financement adaptés pour l’équipement solaire ;
• formation technique courte et pratique ;
• appui-conseil et encadrement de proximité ;
• organisation de pôles maraîchers périurbains ;
• intégration du maraîchage dans les programmes d’emploi des jeunes.

Il est également essentiel de favoriser les partenariats avec les collectivités territoriales, les organisations paysannes, les ONG spécialisées et le secteur privé, afin de garantir la durabilité des actions.

  1. Message clé à destination des jeunes

Le maraîchage irrigué solaire ne doit plus être perçu comme une activité de subsistance ou de dernier recours. Il s’agit d’un véritable métier, porteur d’avenir, capable de générer des revenus décents, de créer de l’emploi local et de contribuer à la souveraineté alimentaire du pays.

Avec un minimum de formation, un accompagnement adapté et une bonne organisation, un jeune peut transformer une petite parcelle en une activité économique viable, évolutive et respectée.

Conclusion

Le développement du maraîchage irrigué solaire représente une opportunité stratégique majeure pour le Mali. Il permet de répondre simultanément aux défis de l’emploi des jeunes, de la sécurité alimentaire, de la transition énergétique et de la résilience climatique.

En structurant cette filière autour d’une vision claire, de mécanismes de financement adaptés et d’un accompagnement technique sérieux, le Mali peut faire du maraîchage un véritable moteur de développement local et un pilier de sa souveraineté alimentaire.
H. Niang

diasporaction.com

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