Les autorités sénégalaises ont accordé un délai de rigueur aux opérateurs maliens pour l’évacuation des marchandises en souffrance au Port autonome de Dakar, confronté à une saturation critique de ses capacités de stockage.
Le 12 janvier 2026, le ministre sénégalais des Transports a saisi son homologue malien en lui transmettant un message du Directeur général du Port autonome de Dakar. Dans cette correspondance, les autorités portuaires exhortent le Mali à prendre, sans délai, les dispositions nécessaires pour récupérer les conteneurs et équipements maliens immobilisés depuis plus de deux mois sur les quais du port. La raison avancée est la saturation quasi totale des espaces de stockage, ne permettant plus d’accueillir de nouvelles cargaisons.
À l’origine du blocage : l’application des normes de gabarit
Depuis le 15 mai 2025, la circulation des camions hors gabarit est interdite sur les routes maliennes, en application de l’article 32 du décret n°2023-0509 du 12 septembre 2023 et du règlement n°14 de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Ces textes fixent à 17 mètres la longueur maximale autorisée pour les camions de transport.
Selon les constats effectués, près de 30 % des camions de fret sont immobilisés du fait de cette réglementation. Or, le Sénégal, principal port de transit du fret malien, dispose d’un parc important de camions dépassant largement cette norme, certains atteignant 23 mètres. Les transporteurs sénégalais sont ainsi contraints soit de modifier leurs véhicules pour les rendre conformes, soit de procéder au transbordement des marchandises vers des camions aux normes requises.
Du côté malien, des solutions de fortune ont été adoptées, notamment le recours à des camions à palettes initialement destinés au transport de ciment. Une option jugée risquée pour les marchandises sensibles et périssables telles que les tissus ou le sucre.
Des milliers de conteneurs immobilisés
Cette situation a entraîné, au 4 novembre 2025, le blocage de 2 726 conteneurs au Port autonome de Dakar, occupant environ 95 % de l’espace portuaire. Les capacités de stockage des différents terminaux ont été dépassées, et le volume des marchandises en souffrance n’a cessé d’augmenter au fil des semaines.
Des négociations et des mesures d’allègement
Face à l’ampleur de la crise, des discussions ont été engagées à Dakar. Le 18 novembre 2025, la ministre malienne des Transports et des Infrastructures, Dembélé Madina Sissoko, a rencontré la ministre sénégalaise des Pêches et de l’Économie maritime, Fatou Diouf.
À l’issue de ces échanges, des mesures exceptionnelles ont été arrêtées et rendues publiques par le Conseil malien des chargeurs à travers une note circulaire datée du 25 novembre 2025. Celles-ci portent notamment sur l’annulation des frais de surestarie, de magasinage et de détention liés aux marchandises concernées, dont la période de franchise était déjà dépassée à la date de signature de la circulaire.
Un délai de trois mois a également été accordé pour permettre l’évacuation complète des cargaisons. Depuis l’annonce de ces mesures, le nombre de conteneurs en souffrance est passé de 2 086 à 939 en moins d’un mois.
Toutefois, le Conseil malien des chargeurs a rappelé que le délai d’évacuation est strictement fixé au 20 février 2026. Au-delà de cette date, aucune dérogation ne sera accordée.
De lourdes conséquences économiques pour le Sénégal
Selon un rapport de la Direction générale de la planification et des politiques économiques (DPPE), consulté par Walfadjri, la crise a provoqué un engorgement logistique majeur, avec en moyenne 120 conteneurs immobilisés par jour au Port de Dakar, entraînant des pertes estimées à 15 milliards de francs CFA par mois.
Le document met en garde contre les effets à moyen terme d’une prolongation de la situation. La diversification des corridors maliens vers d’autres ports de la sous-région, notamment Nouakchott, Conakry ou Lomé, pourrait entraîner une baisse des exportations sénégalaises de produits pétroliers, de ciment hydraulique et de denrées alimentaires, affectant les cimenteries, l’activité de raffinage ainsi que des milliers de chauffeurs routiers et de commerçants des régions de transit.
Et ce risque, préviennent les analystes, ne fait que commencer.
rédaction
diasporaction.com

