Le football malien traverse une nouvelle zone de fortes turbulences. Le mardi 13 janvier 2025, dix (10) membres du comité exécutif de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) ont simultanément remis leur démission, invoquant tous le même motif laconique : « pour convenances personnelles ». Une démarche collective et synchronisée qui a aussitôt plongé l’instance dirigeante du football national dans une impasse institutionnelle.
Avec ces départs, le Comité exécutif, composé de dix-neuf (19) membres, perd sa majorité absolue et se retrouve dans l’incapacité de délibérer valablement. En clair, il n’existe plus de bureau fédéral pleinement légitime. Ce scénario inédit fragilise davantage un football malien déjà en quête de stabilité depuis plusieurs années. Il menace surtout de briser la dynamique ascendante engagée ces six dernières années, marquée par des avancées notables en matière de financement, d’équipements, d’infrastructures, de conditions de travail et de motivation des acteurs.
Cette crise pose plusieurs interrogations majeures : le football malien peut-il se permettre un tel séisme aujourd’hui, alors que le comité exécutif est élu pour un mandat de quatre ans ? N’existe-t-il pas un risque réel de précédent dangereux, voire d’un effet domino susceptible de contaminer d’autres fédérations sportives ?
Les démissionnaires sont des responsables clés des commissions centrales de la FEMAFOOT. Il s’agit notamment du général Bréhima Diabaté, du colonel Séga Sissoko, du commissaire Amadou Oubanga Cissé, de Sékou Massiré Sylla, d’Ichaka Diakité, de Dramane Danté, de Mme Djilla Aïssata Diallo, d’Abdoulaye Konaté, de Lassana Kouma et de Mohamed Séga Sissoko. Tous ont déposé, le même jour et dans des formes quasiment identiques, une lettre type se résumant à une formule administrative impersonnelle. Une uniformité qui alimente les soupçons et renforce l’idée d’une action concertée.
Quelles conséquences institutionnelles ?
D’un point de vue statutaire, la situation est claire : la démission de la majorité des membres du Comité exécutif rend celui-ci inopérant. Les textes prévoient alors la convocation d’une Assemblée générale extraordinaire par le secrétaire général de la FEMAFOOT. Mais face au flou entourant l’ordre du jour et à la gravité de la situation, ce dernier s’est tourné vers la Fédération internationale de football (FIFA), saisie d’un rapport détaillé.
L’instance mondiale du football devra trancher : soit recommander l’application stricte des textes de la FEMAFOOT, soit opter pour la mise en place d’un Comité de normalisation (CoNor), synonyme de mise sous tutelle. Une perspective lourde de conséquences et qui pose une question de fond : pourquoi exporter nos crises internes hors des frontières nationales ?
Cette crise apparaît d’autant plus troublante qu’elle semble savamment orchestrée. Le caractère simultané des démissions, la faiblesse du motif invoqué et le profil des démissionnaires – pour la plupart des cadres de l’administration, des forces de défense ou du secteur privé – donnent le sentiment d’un plan mûrement réfléchi.
Si les performances de l’équipe nationale ont servi de prétexte, l’argument peine à convaincre. Les Aigles du Mali ont été éliminés en quarts de finale aussi bien à la CAN 2023 en Côte d’Ivoire qu’à la CAN 2025 au Maroc, sans provoquer à l’époque un tel tollé. Pourquoi alors cette réaction aujourd’hui ? Pourquoi deux poids, deux mesures ?
Par ailleurs, l’échec sportif à la CAN ne saurait être imputé exclusivement à la Fédération. Il revêt également une dimension politique et institutionnelle. Ailleurs, comme au Burkina Faso, l’élimination des Étalons a entraîné le limogeage du ministre des Sports et du sélectionneur national, sans que la Fédération ne soit démantelée.
Comme l’instabilité politique affaiblit un pays, l’instabilité sportive mine durablement une nation. Le Mali risque de mettre des années à se relever d’un bouleversement total de son football. Au-delà des résultats sportifs, cette crise menace de réduire à néant les nombreux acquis et projets structurants engagés sous la présidence de Mamoutou Touré, dit Bavieux.
Clubs, ligues, joueurs, supporters, médias : l’ensemble de l’écosystème du football malien bénéficie aujourd’hui des fruits de ce travail. Pourtant, la convoitise et les luttes d’intérêts sont en passe de tout compromettre.
Enfin, l’inquiétude dépasse le seul cadre du football. Si une majorité peut être poussée à la démission dans une fédération, qu’est-ce qui empêcherait que le même schéma se reproduise ailleurs ? Le risque d’un effet boomerang sur l’ensemble du mouvement sportif national est bien réel.
En définitive, les démissions en cascade à la FEMAFOOT constituent une menace grave pour l’avenir du football malien, dont les conséquences pourraient s’avérer durables et profondément préjudiciables.
rédaction
diasporaction.com

