150 000 hommes et 2 500 missiles : comment les Gardiens de la révolution garantissent la pérennité du régime iranien

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La survie du régime théocratique iranien repose en grande partie sur une force paramilitaire centrale : le Corps des gardiens de la révolution islamique. Véritable « État dans l’État », cette organisation n’hésite pas à recourir à la répression violente pour contenir les mouvements de contestation, comme l’ont encore montré les récents événements. « Il est illusoire d’imaginer les Gardiens de la révolution se ranger du côté du peuple iranien », analyse Koert Debeuf, spécialiste du Moyen-Orient à la Vrije Universiteit Brussel (VUB). « En cas de chute du régime, ils perdraient instantanément tout ce qui fonde leur pouvoir. »

Une affirmation qui fait écho aux propos tenus dès 2010 par Hillary Clinton, alors secrétaire d’État américaine, lorsqu’elle déclarait que les Gardiens de la révolution constituaient une institution plus puissante que le gouvernement iranien lui-même. Aujourd’hui encore, ce corps demeure le pilier fondamental du système théocratique. « Le régime et les Gardiens sont si étroitement imbriqués qu’ils ne peuvent exister l’un sans l’autre », souligne Koert Debeuf. « Abandonner l’ayatollah reviendrait pour eux à signer leur propre disparition. »

Cette interdépendance explique la brutalité avec laquelle les Gardiens de la révolution répriment les manifestations, quitte à faire usage de la force létale contre la population. Selon des ONG de défense des droits humains et plusieurs experts, ils seraient responsables de la majorité des morts enregistrées depuis la fin du mois de décembre, avec un bilan d’au moins 648 victimes.

Une force créée pour suppléer une armée jugée peu fiable

La naissance simultanée du régime théocratique et des Gardiens de la révolution n’est pas le fruit du hasard. Dès son accession au pouvoir en 1979, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny a instauré ce corps paramilitaire afin de se prémunir contre une éventuelle prise de pouvoir de l’armée régulière.

« Les ayatollahs, de Khomeiny à Ali Khamenei, n’ont jamais accordé une confiance totale à l’armée classique », explique Koert Debeuf. « Même s’il n’y a jamais eu de tentative de coup d’État avérée, cette méfiance demeure. » Ces derniers jours, les quelque 350 000 soldats de l’armée régulière auraient d’ailleurs été maintenus dans leurs casernes, par crainte qu’ils ne se solidarisent avec les manifestants.

Une puissance militaire croissante

D’après l’Institut international d’études stratégiques (IISS), les effectifs des Gardiens de la révolution seraient aujourd’hui compris entre 125 000 et 150 000 hommes. « Ils constituent pratiquement une armée parallèle », observe Koert Debeuf. Dotés de forces terrestres, navales et aériennes, de services de renseignement et d’une unité d’élite redoutée, la Force Qods, ils bénéficient d’un entraînement et d’un arsenal supérieurs à ceux de l’armée régulière.

Malgré l’élimination ciblée de plusieurs de leurs hauts responsables lors d’opérations américaines ou israéliennes ces dernières années, leur influence interne ne s’est pas affaiblie. Selon l’institut israélien Alma Research and Education Center, ils disposaient encore, début 2025, d’environ 2 500 missiles balistiques. Un stock partiellement réduit lors de l’opération « Rising Lion », menée en juin 2025 par Israël et les États-Unis, mais qui demeure considérable.

À cette puissance militaire s’ajoute celle du Bassidj, une organisation de volontaires étroitement liée aux Gardiens. Capable de mobiliser immédiatement près de 90 000 hommes, le Bassidj peut, en cas de crise, atteindre jusqu’à un million de membres. « Eux aussi sont chargés des basses œuvres lors des manifestations », note Koert Debeuf.

Une sélection idéologique stricte et des avantages financiers

L’intégration au sein des Gardiens de la révolution relève davantage de la vocation que d’un simple choix professionnel. Les recrues proviennent presque exclusivement du Bassidj et doivent se soumettre au « Gozinesh », un processus de sélection extrêmement rigoureux. Celui-ci évalue notamment la pratique religieuse, la conformité de la vie familiale à la doctrine islamique et l’absence de tout lien avec l’opposition.

Les candidats retenus bénéficient ensuite d’une rémunération très attractive : environ 373 millions de rials par mois (soit près de 321 euros), contre un salaire moyen national avoisinant les 104 millions de rials (environ 89 euros).

Des privilèges… et une loyauté forcée

Au-delà du salaire, les membres des Gardiens de la révolution jouissent de nombreux privilèges : accès prioritaire à des hôpitaux de qualité, logements avantageux, prêts sans intérêt, emplois garantis pour leurs enfants. Mais ces avantages ont un revers. Bien que théoriquement limités à cinq ou six ans, les engagements sont, dans les faits, quasi permanents. Toute tentative de départ volontaire est considérée comme suspecte et entraîne une surveillance étroite par les services de renseignement.

Le refus d’obéir, notamment lors des opérations de répression, est lourdement sanctionné. Un membre qui refuserait de tirer sur des manifestants serait assimilé à un déserteur et risquerait l’exécution.

Un empire économique tentaculaire

Le soutien indéfectible des Gardiens de la révolution au régime s’explique aussi par leurs intérêts économiques considérables. « Depuis les années 2000, et plus encore sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, ils ont accumulé un pouvoir économique immense », rappelle Koert Debeuf. Ils sont présents dans les secteurs du pétrole et du gaz, de la construction, des télécommunications et de l’agriculture.

Selon plusieurs estimations, les Gardiens de la révolution contrôlent aujourd’hui entre un tiers et la moitié de l’économie iranienne, soit des actifs évalués à plusieurs dizaines de milliards d’euros. « Cette emprise militaire et économique fait d’eux le véritable socle du pouvoir en Iran », conclut le professeur de la VUB. « Imaginer qu’ils se rangent du côté du peuple reviendrait à imaginer qu’ils organisent un coup d’État… contre eux-mêmes. »

rédaction

diasporaction.com

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